Ecolo-crèches: Ces crèches qui se mettent au vert

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Et si c’était au tout début de sa vie que le petit humain développait un lien fort à la nature? Et si cette nature était une source d’épanouissement extraordinaire pour nos tout-petits?

Alors il faudrait que nos crèches réservent une place essentielle à ce lien avec la nature. Que les bambins puissent manipuler les éléments naturels, sortir, gratouiller la terre, explorer…

Et bien rassurons-nous, car après une période « tout sécuritaire » qui risquait fort de cloîtrer nos tout-petits dans un monde artificiel, de plus en plus de crèches… se remettent au vert.

Pour en savoir plus, je me suis entretenue avec Claire Grolleau Escriva. Cette mère de 3 enfants, éco-toxicologue de formation, s’intéresse aux questions d’éducation à l’environnement pour la toute petite enfance depuis plus de 17 ans. En 2013, elle a fondé l’association Ecolo crèche® dont elle est aujourd’hui présidente.

Rencontre avec cette femme engagée qui nous présente un mouvement en plein essor…

 

Les tout-petits ont aussi (et surtout!) besoin de nature

Emilie Lagoeyte: Bonjour Claire. Pour commencer, j’avais envie de te demander pourquoi le contact avec la nature te semble essentiel pour les tout-petits ?

portrait claireClaire Grolleau Escriva: « Bonjour! 

Et bien cela remonte à l’époque où j’avais mon premier enfant. J’ai découvert avec lui tout ce que la nature pouvait apporter d’enrichissant dans l’éveil sensoriel et puis, même de façon instinctive en tant que maman, j’avais besoin de connecter mon enfant à la nature.

Alors au départ, ça n’était que de l’instinct, ensuite j’ai lu et j’ai compris aussi ce qui se tramait chez le très jeune enfant et pourquoi il était si important pour lui de se connecter aux matières naturelles.

Donc maintenant, je peux t’en donner la traduction et l’interprétation que j’en fais, le petit d’homme est un des animaux qui est le plus déconnecté de la nature, la plupart des autres animaux ont su garder ce lien.

On a créé des lieux de vie où l’on a essayé de maîtriser la nature et de la faire sortir pour éviter qu’elle vienne apporter ses contraintes, on l’a un peu expulsée de nos milieux de vie. Ce n’est pas le cas de tous les enfants en France, il y en a qui vivent en connexion avec la nature, mais dans les milieux très urbanisés, au final l’enfant a peu de rapport avec la nature. On va même jusqu’à mettre du bitume au pied des arbres, donc il n’y a même plus la terre au pied des arbres!

Maintenant quand les enfants vont sur la plage et qu’on voit des algues, les parents disent: « Oh là là ! On n’a pas nettoyé la plage! » alors que ce n’est pas ça qui est sale! Ce sont tous les résidus, plastiques, mégots, etc, qu’on trouve… mais des algues, ce n’est pas sale !

J’avais l’impression qu’on marchait un peu sur la tête et que la nature était un intrus dans la vie de l’enfant alors que la nature est juste fondamentale chez tous les animaux. Ce contact là est absolument vital! J’avais donc en tant que maman un instinct qui me disait: « Il faut que mon enfant soit en contact avec la nature! » et je le faisais tout naturellement.

Ce n’était pas très compliqué: nous vivions dans le centre ville de Marseille, il y a des parcs, des collines, des plages et tout ce qu’il faut. Mais je voyais les parents réagir d’une autre façon et être inquiétés par la nature plutôt que de penser qu’elle pouvait enrichir leur enfant.

Ensuite, en me connectant avec les professionnels de la petite enfance de la crèche de mon fils, j’ai compris que cette nature avait un enjeu majeur pour la construction de l’enfant. L’enfant a besoin de toucher, de manipuler, de se salir (Cela est même bon pour sa santé! ndla) , de découvrir et d’explorer… Et les matières naturelles sont autant de sources d’exploration, d’éveil, de créativité et de manipulations fines! Sans danger… alors qu’on pense que les choses de la nature, les objets naturels sont pleins de dangers. Effectivement, il y a des débuts de dangers dans la nature mais avant tout elle est source d’exploration constructive pour l’enfant.

C’est avec ces professionnels que j’ai appris que je n’avais pas à avoir peur et qu’il était important que les jeunes enfants soient dehors, puissent toucher de la terre, casser les grumeaux de terre, puissent toucher des cailloux, froisser des feuilles, toucher des bois… et on n’est pas obligé de se crever les yeux à chaque fois qu’on touche une branche de bois ! On peut aussi éprouver du plaisir et puis apprivoiser le petit danger aussi que représente cette nature.  »

Education à l'environnement à la crèche

« Le petit d’homme est un des animaux qui est le plus déconnecté de la nature »!

Professionnels de la petite enfance: « des jardiniers de l’enfant »

Claire Grolleau Escriva: « Je pense que chez les professionnels de la petite enfance et en particulier, chez les professionnels qui ont suivi une formation d’éducateurs de jeunes enfants, parler du rapprochement des enfants avec la nature c’est une évidence. Et je pense que tous les professionnels de la petite enfance, quand on leur parle de ça, ils disent « Mais oui, évidemment, on le sait, on l’a lu, on l’a appris, on en a parlé! »

Mais maintenant dans les crèches, on met du sol souple partout. On a aussi renié la nature, on a urbanisé les crèches. Toutes les crèches n’ont pas un jardin, les sorties sont compliquées voire interdites, quand on parle de plantes on dit « Oh là là ! les plantes toxiques! » avant de parler de toutes les plantes bénéfiques …

Donc, je pense que les professionnels de la petite enfance,  intrinsèquement ont ça au fond d’eux et pensent que la nature est une richesse pour les jeunes enfants. Après, ce qu’on a fait des établissements, en voulant faire des établissements dénués de dangers apparents, parce qu’ils en avaient des dangers, on a expulsé la nature de ces établissements.

Donc en fait, quand je leur ai parlé de nature, ils m’ont dit « Oui, oui, c’est évident ! » Alors la crèche de mon fils est une crèche particulière, je l’avais choisie pour un certain nombre de raisons, parce qu’elle correspondait à ce que je voulais que mon fils vive dans la journée… Donc elle avait ça dans son ADN, les enfants se déplaçaient librement,  manipulaient beaucoup de choses intéressantes et effectivement, ces professionnels là ont mis en pratique un peu ce que j’avais instinctivement découvert et ils me l’ont confirmé: nous sommes des jardiniers de l’enfant et nous sommes là pour accompagner l’enfant dans son développement. Et la nature doit en faire partie même quand on est dans le centre d’une grande ville! »

Comportements favorables pour que la rencontre entre les tout-petits et la nature ait véritablement lieu

Claire Grolleau Escriva:  « Souvent les adultes doivent replonger dans leurs premiers souvenirs de nature pour se réconcilier avec elle, c’est-à-dire que souvent nous-mêmes adultes on s’est perdus, on ne touche pas ceci parce que c’est sale… je pense que certains adultes et beaucoup d’entre nous en fait, on s’est déconnectés de la nature.

Donc je pense que les adultes, pour inciter les enfants à se reconnecter doivent eux-mêmes se reconnecter et eux-mêmes reprendre du plaisir à cette connexion sensorielle: plonger la main dans la terre, reprendre du plaisir à des manipulations dans le sable, prendre une loupe et redécouvrir ce qu’il y a sur un rocher… Il faut que les adultes retrouvent leur âme d’enfant avec cette connexion naturelle!

J’ai vécu des moments très forts avec des adultes qui se reconnectaient comme ça. On se bande les yeux et on touche des matières naturelles, on ferme les yeux et on écoute les sons de la nature…

J’invite tous les adultes qui sont en contact avec de jeunes enfants à essayer de se reconnecter eux-mêmes. Ils vont éprouver un tel plaisir à cette connexion qu’ils vont donner envie évidemment aux enfants de faire la même chose!

Et par la même, les adultes perdent toute leur angoisse liée à la nature. Alors ils ne la perdront pas entièrement parce que sinon c’est l’objet d’une véritable psychothérapie sur des années parfois, mais en tout cas qu’ils fassent un peu tomber certains freins qu’ils ont vis à vis de la nature et qu’ils éprouvent à nouveau ce plaisir primitif qu’ils ont pu avoir à un moment ou à un autre.

Donc, ça on le fait en incitant les professionnels et les parents à se souvenir de leurs plus anciens souvenirs de la nature. Souvenez vous, fermez les yeux, plongez vous dans votre plus tendre enfance… Quel est votre plus vieux souvenir de nature? Et là on a souvent des témoignages super intéressants d’odeurs de forêt, de framboises ou de fraises des bois cueillies avec les grands parents, d’herbe coupée dans le jardin, etc… Ce sont des madeleines de Proust, on fait appel à son enfance, on a une image positive de la nature et à ce moment là je pense qu’on est un meilleur vecteur pour nos enfants pour cette reconnexion.

Après il y a des choses très pratiques dont je pourrais parler, des boîtes à toucher, des manipulations très simples mais je crois que le plaisir est un maître mot pour cette reconnexion. »

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« Il y a (…) beaucoup d’art plastique à partir de végétaux, de la peinture végétale qu’on appelle peinture magique. »

Quelles activités en crèche pour éveiller les tous petits à la nature ?

Claire Grolleau Escriva: « Il y a un très grand nombre d’exemples. Ce qui est important c’est que les professionnels prennent le sujet qui leur tient à cœur. Tout le monde n’est pas dans l’envie de patouiller dans un jardin toute la journée!

Il y a des professionnels qui ont cette possibilité là, mais certains sont plus sensibles à l’art plastique, d’autres sont plus sensibles à la cuisine, etc… Il faut que chacun prenne le vecteur qui lui est le plus intéressant à ses yeux!

On trouve évidemment pour certaines crèches des jardins, avec toujours un petit coin de gratouille, c’est-à-dire un coin qui n’est pas planté et qui ne sert que à manipuler la terre, casser des mottes, remplir, vider, et puis observer les petites bêtes qui peuvent y être, etc….

Il y a également beaucoup d’ateliers récup’ qui sont faits. Cela a un rapport avec la nature, parce qu’en fait la nature des objets qui sont déviés de leur utilisation première est assez semblable à ce qu’on peut trouver dans la nature, c’est d’une diversité incroyable. Et laisser les enfants créer un peu quelque chose qui n’a apparemment ni queue ni tête fait partie de leurs explorations, du coup, de leur épanouissement et de leur propre créativité… C’est assez proche de ce qu’on peut faire avec la nature!

Ce sont aussi des crèches où l’on accueille à bras ouverts tout ce que les enfants peuvent rapporter du week-end en terme de découvertes qu’ils ont pu faire avec les parents. Ou encore des crèches où l’on cuisine aussi avec les enfants: l’aliment est avant tout une matière naturelle, que ce soit de la farine, du fruit, du légume… C’est important que les enfants se reconnectent avec ces matières qui pour le coup ne représentent pas de danger puisqu’elles sont toutes alimentaires.

Il y a également beaucoup d’art plastique à partir de végétaux, de la peinture végétale qu’on appelle peinture magique, des tas de manipulations qui peuvent être faites à partir de matériaux naturels.

Donc il n’est pas nécessaire d’avoir 500 m2 de jardin pour reconnecter les enfants à la nature, on peut le faire aussi dans une salle d’ateliers dans une crèche. »

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« Les matières naturelles sont autant de sources d’exploration, d’éveil, de créativité et de manipulation fines! « 

Qu’est-ce que le label Ecolo crèche® ?

Claire Grolleau Escriva: « Le label Ecolo Crèche est un label qui récompense ou en tout cas sollicite ou reconnaît des crèches qui se sont engagées dans une démarche de progrès continu et qui ont décidé de réduire leur impact sur l’environnement tout en améliorant le bien-être des enfants et des professionnels dans leur établissement.

Concrètement, c’est un label qui est décerné quand une crèche a fait deux diagnostics, un diagnostic de départ et un diagnostic d’évaluation. Le deuxième diagnostic se fait entre un an et trois ans après le premier et ce sont les progrès réalisés entre les deux diagnostics qui permettent d’obtenir le label.

Ce label, en fait, est décerné par un comité national qui étudie les dossiers anonymes, qui est composé d’institutions du monde de la petite enfance et du développement durable qui se réunissent tous les deux mois, pour non seulement faire évoluer ce label, mais aussi étudier les dossiers et donner le label aux crèches qui le souhaitent. »

Emilie: Qu’est-ce qui t’a amenée à impulser la création de ce label ?

Claire Grolleau Escriva: « Dans les crèches c’est assez compliqué de faire rentrer la nature. Les parents ont une approche assez anxiogène de la nature: c’est sale, c’est dangereux, etc.

Au départ à mon avis, le besoin que j’avais éprouvé c’était de faire rentrer la nature dans les crèches et d’aider les enfants à se reconnecter. Et très vite, en fait, les professionnels(les) de la petite enfance, parce que j’avais une formation de toxicologue de l’environnement, m’ont posé des questions sur:

  • Comment passer au bio sans faire exploser le budget?
  • Quels produits d’entretien je pourrais utiliser qui soient moins agressifs pour les enfants et pour nous?
  • On veut repeindre la crèche, que peut-on utiliser comme peinture qui respecte l’environnement et la santé?

Donc, j’ai commencé à répondre petit à petit à ces questions et c’est en voulant structurer une démarche plus transposable, plus générale qui puisse répondre un peu à toutes les questions que les professionnels se posaient sur le terrain, que j’ai créé, avec une équipe et avec les professionnels de terrain, une démarche de progrès continu qui permet de s’engager, d’améliorer ses pratiques sans perturber son quotidien.

Les métiers de la petite enfance sont des métiers assez contraignants avec un stress professionnel assez important et l’idée c’était de ne pas rajouter à ce stress en voulant intégrer le développement durable, donc l’idée était vraiment de répondre à des professionnels tout en leur apportant du mieux être et une dynamique constructive et pas de l’anxiété liée aux problèmes environnementaux.

Emilie: Aujourd’hui, combien de crèches sont déjà labellisées Ecolo crèches ?

Claire Grolleau Escriva: « A ce jour il y a presque 200 crèches qui sont engagées dans la démarche et il y en a entre 50 et 60 qui sont labellisées.

C’est un mouvement en plein essor, et de nombreuses autres sont en cours de labellisation.

Comment savoir s’il y a une Ecolo crèche près de chez moi?

Claire Grolleau Escriva: « Sur le site Internet ecolo-creche.org, sont indiquées toutes les crèches qui sont engagées dans la démarche. On peut trouver cette crèche là sur le site.

Ensuite, je tiens à dire aussi que les crèches n’ont pas attendu que l’association Ecolo crèches existe pour mettre en place des actions écologiques dans leur établissement et qu’il y a aussi beaucoup d’actions spontanées d’établissements d’accueil de jeunes enfants qui font beaucoup de très belles choses et qui ne sont pas nécessairement engagés dans le mouvement Ecolo crèches.

On est en relation avec ces crèches là et nous, ce qu’on souhaite c’est de développer les questions de développement durable dans le monde de la petite enfance au sens très large.

Les Ecolo crèches sont des crèches qui ont une démarche globale, ça incite l’ensemble de l’équipe, c’est un peu ça la particularité des Ecolo crèches: c’est que l’ensemble de l’équipe est partie prenante et que tous les professionnels sont engagés. La démarche environnementale transpire un peu à tous les étages!

Mais sinon il y a des actions écologiques dans beaucoup de crèches en France et il faut rassurer les parents, le monde de la petite enfance est un monde très sensible à ces questions là… »

Visiter le site internet Ecolo crèche®

Pour accéder au site, il vous suffit de cliquer sur l’image:

Et sur Facebook: https://www.facebook.com/Ecolo-crèche-1407170586224013

 

 

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2 thoughts on “Ecolo-crèches: Ces crèches qui se mettent au vert

  • Une belle découverte cette interview ! Je ne connaissais pas du tout le concept. On revient enfin à des choses plus naturelles, à notre nature profonde d’être humain, connectée à l’environnement.
    Merci pour ce partage !

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