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Le maître est l’enfant ?

 

Vous qui lisez ces lignes, sans doute craindrez-vous au premier abord de répondre oui à cette interrogation.

Comment? Les enfants nos maîtres?… Nous nous libérons de justesse de l’enfant roi, pas question les laisser devenir nos maîtres!

C’est pourtant ce que certaines pédagogies des plus en vogue nous proposent… 

Le point de vue d’Alexandre Mourot, réalisateur du film « Le maître est l’enfant »

Interview, Première partie

Alexandre Mourot a suivi le quotidien des enfants d’une classe maternelle Montessori. Et pour ce papa de 46 ans, clairement, le maître c’est l’enfant.

Reste à savoir ce que nous entendons par « maîtres »…

Avant d’écouter les propos d’Alexandre, faisons un rapide détour par le Larousse:

Maître:

  • Personne qui commande ; 

Empressons-nous de rejeter cette première définition.

  • Personne qui possède à un degré éminent un talent, un savoir et qui est susceptible de faire école, d’être prise pour modèle :

Voilà. Nous touchons là quelque chose.

Mais alors Alexandre, en quoi l’enfant peut-il être le maître de l’éducateur?

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« Maria Montessori parlait du conflit entre l’enfant et l’adulte. Parce que effectivement, les adultes ne comprennent pas les enfants. » Alexandre M.

 

Podcast de l’interview:

Pour enregistrer l’interview (et l’écouter à votre guise), faites un clic droit ici, puis « Enregistrer le lien sous ».

 

Emilie Lagoeyte : Bonjour Alexandre, tu es en train de réaliser un long métrage documentaire qui s’intitule « Le maître est l’enfant », pour lequel tu as suivi le quotidien d’une classe maternelle toute particulière.

Avant de nous en dire un peu plus, est-ce que tu peux te présenter et puis présenter le contexte de ton film ?

alexandre-mourotAlexandre Mourot : Bonjour, je suis Alexandre Mourot, j’ai 46 ans, et je suis papa de deux petites filles, de 4 ans et presque 6 ans. Ça fait 15 ans que je fais des choses dans le documentaire. J’ai fait une formation aux Ateliers Varan à Paris en 2009, pour réaliser un documentaire. Je suis allé sans projet là-bas, au bout de quelques semaines j’avais plein d’idées. J’ai fait un film qui s’appelle « Poubelles et sentiments » (qui a été sélectionné dans plusieurs festivals).

Cela faisait pas mal d’années que j’avais envie de poursuivre cette expérience de documentaire.

A la naissance de mes filles, j’étais totalement submergé d’émotions, fasciné par ces petits êtres, qui viennent vers moi… j’ai passé beaucoup de temps à les observer, j’étais totalement fasciné, par Anna, par Clara, je les ai photographiées, je les ai filmées, et puis j’ai eu envie de faire un film sur la toute petite enfance.

Mais je ne trouvais pas l’axe du film…

Et puis en ayant découvert ce qu’était la pédagogie Montessori, j’ai décidé de faire un film sur cette pédagogie.

Emilie : Tu es parti sur un long métrage documentaire que tu as décidé d’appeler « Le maître est l’enfant ». Je t’avoue qu’à la 1ère lecture, je n’y ai pas prêté attention, mais à la deuxième, je me suis dit : « C’est « Le maître EST l’enfant », est e-s-t…

Qu’est-ce que tu as voulu mettre en lumière par ce titre ?

Alexandre : Je pense qu’adulte, on perd beaucoup de choses de notre enfance, de toutes les qualités qu’on a pu avoir pendant notre enfance.

Par exemple : on pense que les enfants font des fautes d’orthographe… Mais à mon sens, s’il y avait une réforme de l’orthographe, ce serait peut-être à eux de la faire, aux petits enfants !

Parce que effectivement, notamment en France, on a un alphabet qui n’est pas du tout phonétique, et donc par exemple le mot « oiseau » qui s’écrit o-i-s-e-a-u, dont aucune lettre ne se prononce, c’est quand même compliqué.

Les enfants, eux, dès qu’ils commencent à savoir parler, vers 12 mois disons, parlent d’une manière tout à fait spontanée, commencent à construire des phrases, à avoir un véritable projet, à comprendre un peu la grammaire, et ils font des fautes qui en fait n’en sont pas, mais qui sont le langage tel qu’on devrait le réformer.

Ma fille, en ce moment, dit des choses comme « Je voudrais ré-arriver », c’est à dire elle met des préfixes devant des verbes… et effectivement, pourquoi certains verbes en possèdent, pas d’autres…

Pour moi, ce n’est pas tellement des fautes, mais c’est comme ça qu’on devrait parler !

Donc c’est une petite introduction pour dire que les enfants pourraient être des maîtres dans la réforme de l’orthographe.

Mais bien plus que ça, après il y a leurs aptitudes, leur spontanéité à l’empathie, à l’amour, à l’enthousiasme… Moi, je suis fasciné de voir qu’on a perdu beaucoup de choses de nos capacités qu’on a eues quand on était enfant.

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« Quand on observe un enfant, on se rend compte qu’on a perdu beaucoup de choses et qu’ils peuvent nous guider pour devenir meilleur, devenir plus grand. » Alexandre M.

 

Vraiment, la spontanéité, c’est quelque chose que je trouve bouleversant. Tout d’un coup, cette énergie que les enfants peuvent avoir pour un projet, l’intérêt qu’ils peuvent avoir pour tout, pour tout le monde, pour toute vie sur terre quasiment… pour tout !

En fait, tout les intéresse.

Et en plus, ils n’ont aucun jugement, ça c’est quelque chose que je trouve très fort. Et là encore, ce sont vraiment nos maîtres.

Ils ne vont pas juger quelqu’un parce qu’il a un handicap, parce qu’il est noir, parce qu’il est plus petit, parce qu’il est vieux, parce qu’il est plus jeune, etc.

Moi, je trouve cela vraiment fascinant, cette spontanéité dans la relation humaine, elle est extraordinaire.

Quel que soit le métier, quelle que soit l’activité, quelle que soit la personne, pauvre, riche, vieux, jeune, en bonne santé, handicapé, les enfants viendront vers elle.

Emilie : On aurait sûrement, d’après ce que tu dis, beaucoup à apprendre ou à réapprendre à observer l’enfant, et à s’approprier ses façons d’être, ses façons de faire, et en ce sens faire de l’enfant notre nouveau maître en quelque sorte …

Alexandre : Oui, tout à fait, quand on observe un enfant, on se rend compte qu’on a perdu beaucoup de choses et qu’ils peuvent nous guider pour devenir meilleur, devenir plus grand.

Cette envie d’apprendre : c’est extraordinaire ! Un enfant apprend à marcher en mettant des obstacles pour qu’il acquiert de plus en plus d’aisance dans sa marche. Il cherche à trouver sa limite spontanément. Pourquoi il cherche à trouver son équilibre sur le bord d’un trottoir? Elle l’avait noté, ça, Maria Montessori, quand il est très jeune, il cherche à marcher le long des trottoirs… Justement, pour travailler son équilibre !

L’enfant est très souvent en train de travailler ses compétences.

Donc « le maître, c’est l’enfant », il y a ce côté là : observons l’enfant, il peut nous apprendre beaucoup de choses, il peut nous apprendre à devenir meilleur, et puis aussi à avoir un meilleur rapport avec lui. Parce que effectivement, Maria Montessori parlait du conflit entre l’enfant et l’adulte. Parce que effectivement, les adultes ne comprennent pas les enfants.

On va les contraindre à faire plein de choses qu’ils ne veulent pas accepter. On va parler de caprice, sans comprendre que les enfants, ils veulent faire des choses qui les intéressent. Et ce qui ne les intéressent pas, ils vont le délaisser, peut être refuser de le faire. Mais c’est parce qu’en fait, ça ne correspond pas à leur besoin profond.

On a tendance à coller une étiquette, à penser que les enfants n’agissent pas comme nous, ou comme on pense qu’il devraient agir. Mais parce que ce sont des enfants ! Ils faudrait les comprendre dans le contexte de l’enfance, de ce qu’ils sont des enfants, dans leur besoin de développement. Dans leur besoin au moment où on pense qu’ils font des bêtises.

Ce terme de caprice, par exemple, c’est un terme que dénonçait Maria Montessori, ce qui je trouve est effectivement très très juste.

Quand je dis: « Le maître, c’est l’enfant », c’est que à la fois il peut nous apprendre beaucoup de choses. En l’observant, on peut mieux le comprendre. En l’observant, on peut aussi grandir nous-même, c’est à dire s’éveiller, apprendre de nouvelles choses, être plus forts en humanité…

Dans les écoles Montessori, les enfants, on les laisse travailler en coopération. Ce n’est pas le maître qui détient le savoir, on pense que c’est l’enfant qui le détient. Nous, on est juste là pour l’inviter à faire des choses, mais en fait, c’est surtout en travaillant que l’enfant va apprendre des choses, et va développer des capacités.

Le maître EST l’enfant, c’est donc aussi pour parler de la coopération. Parce que dans les écoles Montessori, on invite les enfants à coopérer pour qu’ils apprennent les uns des autres.

Et c’est aussi pour parler de la posture de l’éducateur qui est assez inverse à ce qu’on fait habituellement, c’est à dire que l’éducateur se met en retrait, il observe les enfants, intervient le moins possible, essaie de développer la spontanéité des apprentissages. Parce qu’on pense qu’un enfant sait spontanément marcher, un enfant sait spontanément parler, et on suppose qu’un enfant saura spontanément apprendre à lire et à écrire.

Emilie : A condition de créer un contexte favorable, entouré d’adultes bienveillants qui finalement ne seront pas les passeurs du savoir mais les organisateurs du contexte.

Alexandre : C’est exactement ça ! Montessori, c’est exactement ça : on travaille sur l’environnement plutôt que sur l’enfant lui-même.

Le maître, c’est l’enfant, c’est à dire qu’on va lui proposer, à l’enfant, une activité, on va par exemple lui proposer l’activité « presser une orange », comme on le voit dans la petite bande annonce que j’ai faite. On va présenter les activités quand l’enfant est en mesure de les comprendre, de les réaliser.

Mais lorsqu’on lui présente une activité, on ne va pas le faire à l’aveuglette. On le fait après avoir observé l’enfant, parce que l’on sait qu’il en sera capable. Donc c’est bien lui qui nous dit à quel moment il est prêt pour recevoir quelque chose. Ça part de l’enfant, c’est pas le programme ! On ne s’occupe pas du programme chez Montessori. Le programme, c’est pas « Il faut qu’il sache lire à 5 ans, ou qu’il sache couper une orange à 4 ans, par exemple. Il y a des enfants, à 6 ans, ils ne sauront peut-être pas le faire, ou n’auront peut-être pas envie de le faire.

Ce qui est important, c’est l’enfant. Si lui, il a le désir de le faire, si il a les capacités de le faire, alors on va lui présenter quelque chose. Si lui n’a pas envie, il ne le fait pas. Et s’il ne le fait pas à l’issue de sa maternelle, c’est pas grave.

Emilie : Donc la qualité première d’un adulte dans la pédagogie Montessori, finalement, ça va être l’observation avant tout…

Alexandre : Exactement : c’est l’observation. Et mon film va traiter beaucoup de ça : apprenons à observer les enfants.

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Suite de l’interview… la semaine prochaine! 🙂

 

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Quelques idées inspirées par la pédagogie Montessori sur Eveil et Nature:

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Références: Larousse, définition du mot « maître »

Interview réalisée en mars 2016 par Emilie Lagoeyte

 

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