Parents-colibris Retisser le lien à la nature

Nos enfants ont-ils franchi la troisième frontière?

 

Voilà une bien inquiétante question…

Si nos enfants et nous-mêmes nous approchons d’une troisième frontière…
Quelles-sont les deux précédentes?
Que trouve-t-on au-delà de cette troisième frontière?

 

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parfum-denfance
« Une humble goutte d’eau de fleur en fleur tombée, Un nuage, un oiseau, m’occupent tout un jour. » Victor Hugo

Photo: talkingplant

La première frontière

Cette première frontière ne délimite pas un territoire géographique.

Elle englobe en réalité la période extrêmement longue durant
laquelle l’homme a vécu dans une relation exclusivement utilitaire de la
nature:

  • survivre,
  • se nourrir,
  • se vêtir,
  • résister aux intempéries,
  • aux éléments,
  • aux microbes…

De ces contraintes se sont enflammées des révolutions qui ont
peu à peu extrait l’homme de ces contraintes primaires:
développement de l’agriculture, de la polyculture-élevage,
révolution industrielle, vaccins

« Ainsi, l’humanité voit s’éloigner la peur de la faim, de la foudre, des
inondations, grâce à son organisation sociale hiérarchisée, mais cette
hiérarchie elle-même, de serviteur du « développement » se transforme en
despote du développement « insoutenable », jusqu’à la crise. » (Quand le
rapport de l’homme à la nature change de nature , Alain Lipietz |
septembre 2007)

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, l’humanité se rapprochait lentement mais
sûrement de cette première frontière. La nature était considérée comme à
dompter, à maîtriser, approvisionnait l’homme en tout ce qui lui était
indispensable mais inspirait la crainte…

La première frontière allait bientôt être franchie.

J’emprunte le terme de « frontière » pour jalonner l’histoire de ce rapport
de l’homme à la nature à Richard Louv. Dans son best-seller « Last Child in
the Woods« , cet américain considère que lorsque une frontière est
franchie, le rapport à la nature qui existait jusque là se trouve relégué
au second plan, voire au-delà.

Alors qu’y a-t-il au-delà de cette première frontière?

Equilibre

Photo: greg westfall

La deuxième frontière

Nous sommes proches de la fin du XIXe siècle.

Les anciennes peurs de la nature (insuffisante ou hostile),
semblent avoir disparu dans le monde occidental.
La Révolution industrielle a dompté la nature comme jamais,
les machines ont ôté à l’homme une grande partie de ses contraintes
physiques. Ce dernier peut donc développer un rapport nouveau à la nature,
emprunt de romantisme.

La nature devient un lieu de rêverie, d’amusement. Petits et grands s’y
adonnent à moult activités dont certaines des plus communes seraient
désormais considérées comme politiquement incorrectes! Nos parents ou
grands-parents peuvent en témoigner…

Jetez simplement un œil à des ouvrages tels que
« Shelters, Shacks and Shanties » (Abris et Cabanes) écrit
en 1915 par Daniel C. Beard, un des fondateurs du scoutisme américain.
Les-dites cabanes s’avèrent être des constructions extrêmement
ingénieuses, mais nécessitant généralement d‘abattre quantité d’arbres.
Sans compter la prise de risque générée par de telles activités: l’auteur
reconnaît peut-être qu’un abri creusé profondément dans le sol peut
comprendre un risque de se retrouver enterré vivant, mais si la
construction est réalisées habilement il n’y a aucun problème!

_Shelters,_Shacks_and_Shanties_
« Shelters Shacks and Shanties, Daniel Carter Beard, 1915

Les congés payés et les mouvements d’éducation populaire voient croître
considérablement cette nouvelle fréquentation. Se construit peu à peu une
image d’Épinal de la nature, verte et apaisante, encore aujourd’hui
présente à nos esprits.

« De protection vis-à-vis de la nature, l’homme passe à la protection de la
nature «  (Protection de la nature. Histoire et idéologie. De la nature à
l’environnement, Chantal Aspe, 1987).

C’est en effet dans ce contexte que naît le besoin ressenti
de protéger la nature, puis l’environnement.

Nous nous approchons de la deuxième frontière…

L’homme, la femme, l’enfant, vivent encore la nature au quotidien (d’un
point de vue général, bien entendu). L’agriculture familiale est encore
assez développée lorsque naît la génération des Baby-boomers. Chaque
famille, même si elle habite en ville, a des grands-parents ou des cousins
à la campagne et fréquente cette vie rurale en lien direct avec la terre.

Conjointement ont lieu un développement technologique sans précédent ainsi
que des crises sanitaires suite auxquelles naîtra le Principe de précaution.
Bienvenue dans le monde d’aujourd’hui, au-delà de la deuxième
frontière.

sur-le-pont

Photo: Peter Thoeny

La troisième frontière

C’est sur ce territoire que grandissent nos enfants. Nous-mêmes,
trentenaires, avons évolué à cheval sur cette deuxième frontière et
pataugeons désormais de l’autre côté.

Si je devais caractériser ce territoire?

Allez, voici quelques morceaux choisis, que vous connaissez bien:

  • Les enfants ne savent plus d’où vient ce qu’ils mangent, dit-on. Nous
    autres, un peu rétros, nous obstinons à leur montrer comment poussent les
    légumes dans notre bout de jardin ou comment paissent les vaches dans les
    prés, en photo ou dans quelques une de nos campagnes. Mais nos petits ont
    bien conscience que leurs raviolis-tomates proviennent souvent d’autre chose.
  • Les animaux sauvages sont partout: dessin animés, cinéma, jeux vidéo,
    publicité, marques… mais qui en a vu en vrai?
  • Je ne reviendrai pas sur ces enfants qui connaissent par cœur le petit
    nom de dizaines de Pokémons, mais pas une seule fleur.
  • Des heures passées devant des écrans. On y apprend même plein de choses
    sur la nature! Mais combien d’heures à jouer dans la nature?

Principe de précaution, sur-médiatisation de cas isolés, protection à
outrance et ouverture de parapluies (et même de « protèges-parapluies,
disait un ami…), accès à une information difficile à contrôler, à
prendre avec recul… Le résultat est une génération de parents anxieux et
anxiogènes, baignant dans un retour de la peur de la nature:

  • « Ne touche pas la terre, c’est sale. Et surtout, lave-toi les mains tout de suite, tu as gratté le sable, tu vas attraper des mycoses. »

  • « Attention à l’herbe, tu vas avoir des plaques rouge si tu la touches. Ne te roules pas dedans! Tu vas te faire piquer, il y a plein de bestioles. »

  • « Ne mange pas ce fruit que tu as cueilli, dans la nature on ne sait jamais, tu peux mourir si un animal a fait pipi dessus. On en achètera tout à l’heure. »

  • « Ne cueille pas les fleurs, tu abîmes la nature. Ne marche pas dans la rivière, ça bouleverse l’écosystème. Et ne fais surtout pas de barrage avec les cailloux: c’est un désastre pour les poissons! »

Avouez que vous avez déjà prononcé une de ces phrases!

Je ne jette la pierre à personne, j’ai moi aussi certaines de ces anxiétés.
Certaines de ces affirmations sont d’ailleurs fondées! Mais discutables… Quoi qu’il en soit,
 je doute que mon père ait entendu une de ces recommandations
dans son enfance et 
suis certaine que mon grand-père a fait tout le contraire!

Mais je ne pense pas que nous nous complairons derrière cette frontière.
Tout s’est accéléré, les frontières se franchissent désormais à cloche-pied…

Qu’y a-t-il de l’autre côté?

tri-selectif

Photo: Mark Stosberg

Au delà de la troisième frontière

La première frontière était « utilitaire ». La deuxième frontière
« romantique ». La troisième « technologique ». Baignée par la crainte
ambiante et une atmosphère moralisatrice et culpabilisante, je crains le
pire.

La science aura-t-elle produit des monstres? Les changements
climatiques auront-ils mis le monde à feu et à sang? Serons-nous balayés
par une épidémie sans précédent? Voilà qui ne va pas nous faire avancer.
Voilà de quoi nous retrancher derrière des peurs dignes des craintes de
nos ancêtres, sûrs que le ciel leur tomberait sur la tête.

Pourtant, à l’avant-garde de cette frontière, je vois des Parents-
colibris. Je vois de doux rêveurs semant leurs incroyables comestibles
entre les pavés. J’entends ces chercheurs qui prouvent qu’un seul pas de
côté nous remettrait sur un joyeux chemin de traverse.
Et bien d’autres choses encore…

Bien sûr, certains tentent de fausser les pistes: « Oui, nous rasons cette
forêt pour un projet en or. Mais ne vous inquiétez pas, nous versons un
pourcentage pour planter des arbres en Equateur! » Ne soyons pas dupes trop
longtemps…

Au delà de la troisième frontière, j’imagine un monde qui aura grandi de
ses erreurs. Comme l’homme a su s’affranchir de la rudesse que la nature
faisait peser sur sa vie au quotidien, lui ouvrant l’accès aux rêveries
romantiques dans la nature, l’homme saura s’affranchir du stress et de
l’anxiété que la technologie fait peser sur sa vie d’aujourd’hui. Sans
renoncer à cette technologie, il saura l’utiliser pour rationaliser ses
peurs et pour ensuite mieux la laisser de côté.

sur-les-rails

Photo: achelms4

Dans combien de temps cette troisième frontière sera-t-elle franchie?
Je pense que certains s’apprêtent déjà à l’enjamber. Cela ne tient qu’à
nous tous! Vous connaissez sans doute la fable du Colibri. Il porte dans
son petit bec une goutte d’eau pour éteindre l’incendie. Seul, il ne peut
rien. Mais la multitude de gouttes d’eau vient à bout du feu!

Je pense qu’il ne tient qu’à nous de nous informer, de désamorcer nos
peurs, de changer nos habitudes. De ne pas parler un double langage à nos
enfants (« Mon pauvre chéri, tu es complètement déconnecté de la nature.
Mais ne t’aventure surtout pas dans la forêt, c’est dangereux! »).

Alors c’est parti, on y va!
Et vous, que ferez-vous au-delà de la troisième frontière?
Par quoi allez-vous commencer?

 


 

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Photo du bandeau: Travis Swan


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3 Comments

  1. Bonjour Emilie,

    j’ai dévoré cet article, qui a trouvé un profond écho en moi.

    J’ai grandi en contact avec la nature. Nous avions, enfants un grand potager et un jardin, nous allions couper du bois en hiver avec mon père, mes grands parents avaient une maison de campagne où la télévision ne fonctionnait que le soir et au bon vouloir des adultes. Les aléas de la vie (familiaux mais aussi professionnels) m’ont écarté petit à petit d’une nature que je continuais à aimer mais que je percevais différemment.

    J’ai fini par choisir de retourner vers elle, d’apprendre à mieux la connaitre pour mieux la protéger.

    D’ici quelques semaines (voire quelques jours qui sait), je serai papa pour la première fois à 37 ans. J’ai vu tout au long de ma vie le meilleur et le pire de l’humanité, entre autres vis à vis de l’environnement.

    Ma compagne et moi voulons que notre fille devienne une citoyenne de la planète, un être doté d’une conscience éclairée, capable de s’affranchir des désirs mesquins de l’humanité. Je ne veux pas lui dire de sauver la planète, car elle n’a jamais eu besoin de quiconque pour cela, il suffit de regarder l’histoire de la vie depuis la soupe primitive pour le comprendre.

    Non je veux qu’elle apprenne à faire partie de ce monde, qu’elle y trouve une place où elle donne autant qu’elle reçoit, où elle rend quand elle prend.

    Pour moi c’est cela, cette troisième frontière: un retour à l’équilibre. L’homme a subi son environnement, avant de se donner les moyens de le dompter. Et si on avait juste oublié une étape intermédiaire?

    L’être humain non pas en maître du monde, mais faisant partie d’un tout harmonieux.

    Je sais c’est un doux rêve, mais si chaque parent prend conscience de cela et, fort des erreurs passées de l’humanité, transmet un peu de sagesse à la génération suivante, une armée de colibri pourrait rapidement voir le jour 🙂

    1. Merci, Sébastien, pour ton commentaire lumineux!
      Je suis heureuse d’apprendre que votre petite fille… sera bientôt dans tes bras!
      En effet, je trouve que le mot « équilibre » résume bien ce que l’on peut souhaiter de mieux au-delà de cette 3e frontière. Je pense que beaucoup de monde, individuellement ou en cercle restreint, y est prêt, déjà. Mais la société, pas encore. Espérons que les petites graines que nous semons pour la génération naissante contribuera à tendre vers cet équilibre. Mais il y a encore du chemin à parcourir!
      Je vous souhaite tout le meilleurs pour l’événement à venir. Un bébé qui dès ses premiers jours sera porté par les douces effluves de la belle saison… quelle chance!

      A très bientôt,
      Emilie

    2. Bonjour Sébastien,
      ……. à l’heure qu’il est, vous devez être papa!!
      Juste ce petit message pour vous souhaiter tout le meilleurs du monde! 😉
      Je vous souhaite un merveilleux été!
      Emilie

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