Articles Ecole Un jardin pour nos enfants

Cour de récré : Oser le vert, oser la terre

Dans cette école , tout a changé le jour où un tas de fumier a été posé au beau milieu de la cour. Delphine, enseignante aspirant à une école du dehors et stagiaire de la formation Passeur de Nature, nous raconte l’amorce d’une métamorphose dans sa cour de récréation. De joyeux coups de pelle (mais zéro bobo!) que l’on souhaite à toutes nos écoles… à vous de jouer 🙂

Rentrée 2017. Nouvelle équipe, nouvelle direction. Un nouveau départ pour notre école située au cœur d'un quartier d'habitat social. « Quelque chose me tient beaucoup à cœur : créer un potager dans l'école » lance notre directrice, en ce jour de pré-rentrée. Je reçois l'invitation tel un tapis rouge qui se déploierait devant mes rêves d'écoles du dehors.

Un tas de fumier dans la cour

Très vite, la zone verte décrépite, laissée à l’abandon depuis des années se voit refaire une beauté. Les services techniques plantent une haie de bambou afin d’habiller le grillage qui sépare la cour du parking. Un coup de motoculteur permet de définir 6 bandes de culture … et de révéler l’aspect et la couleur peu inspirants de cette terre aux allures citadines.

J’ose un premier pas sur le tapis rouge de mon rêve et propose à l’équipe de benner un tas de fumier dans la cour. Accord favorable, enthousiasme de l’équipe.

Ce jeudi-là, de bon matin, la rumeur se répand dans la cour de béton. 

«C’est du caca de cheval !»  

Les enfants se questionnent et se demandent quand même comment le cheval est arrivé jusqu’ici et a pu produire, en si peu de temps, une telle quantité d’excréments.

Brouettes, pelles, râteaux, la danse commence ! Toutes les parcelles doivent être recouvertes !

L’école organise son jardin

En parallèle, l’équipe repense l’organisation de la cour de récré et aboutit à un système de rotations qui permet à chaque classe de passer à son tour au jardin, au foot, aux craies, aux jeux de cour, au jeu libre. La participation au jardin est donc sur la base du volontariat. Mais pour pousser la brouette ou charrier le fumier, on se bouscule plus qu’on hésite.

La directrice mobilise à nouveau les services techniques pour l’installation d’un point d’eau extérieur, l’installation de bancs et de tables en bois dans la cour qui offrent de nouveaux possibles aux enfants. Une autre collègue s’occupe de choisir et d’acheter les outils nécessaires au travail de la terre et très vite,  un local jardin est aménagé.

Une fois la totalité du fumier épandu, ranger les brouettes au placard semble difficile. Je contacte alors l’organisme de gestion des déchets verts de la ville qui, lorsqu’il apprend que nous sommes une école, non seulement nous propose une pleine remorque de compost gratuite mais en plus, insiste pour venir nous la livrer directement sur place. Ce matin-là, c’est un grand tas noir que les enfants découvrent dans leur cour au petit matin. Et la danse recommence joyeusement, brouette, pelle, râteau, brouette, pelle…

Le jardin transforme l’école

Dans les classes, ça s’affaire. Chacun commence ses semis. Puis très vite on met en terre qui des pommes de terre, qui des radis, des fèves, des pois, des haricots, des salades… A chaque classe sa parcelle, à chaque parcelle sa couleur, ses choix, son identité. Arrosoirs, griffes ou plantoirs remplacent les brouettes et les pelles. L’effervescence est bien là.

Premier coup de poignard, plusieurs matins de suite, on découvre des plants arrachés, saccagés. Certains collègues parlent d’abandonner. Mais il faut tenir bon. En effet, la persévérance et le beau s’imposent plus tard face à la destruction.

Grâce aux grands espaces entre chaque bandes de cultures, on circule aisément et on se presse le matin afin de vérifier où en sont les plantations. 

«Regarde, ici nous avons mis des radis», «Nous on a des pois, tu veux goûter ?», «Oh non ! Quelqu’un a mangé notre fraise qui était presque rouge !», «Maîtresse, elle est assez bombée cette gousse ?», «Regarde, c’est quoi tous ces points noirs ? Des œufs ?». 

Des pucerons. Que faire ? Observer d’abord. Attendre la venue des coccinelles, puis, celles ci tardant, pulvériser de l’eau et du savon noir.

Le bricolage trouve aussi sa place au jardin : poncer des morceaux de bois, écrire, clouer, planter pour nommer les plantations et habiter la parcelle.

Du potager à l’assiette: un projet qui redonne sens et saveur au repas!

Le projet va encore plus loin

Constatant une réelle volonté de l’équipe de s’investir dans ce projet jardin et le besoin de prendre le temps pour se poser, organiser, penser cet espace de nature, je propose à Joëlle Quintin de nous accompagner dans la réflexion. Joëlle, architecte d’intérieur de formation, a accompagné le projet d’école du dehors à l’école Jacqueline de Strasbourg et coordonné de nombreux projets de jardins partagés. Aujourd’hui, son activité  Alors … Là … , développée au sein de la coopérative Elycoop, propose d’accompagner les démarches d’aménagement des espaces extérieurs ou intérieurs.

Le premier temps de travail, très riche, consiste à se promener dans la cour, en silence, afin de ressentir l’espace. Cela nous ouvre de nombreuses pistes de travail. Un photo langage nous aide à exprimer nos rêves. Puis l’on couche sur le papier les besoins, les contraintes, les envies. Un cahier des charges du projet se construit. Une affaire à suivre.

A l’école du dehors

Et puis, pas plus loin qu’hier, ce moment magique. Il nous fallait des tuteurs pour les haricots.  J’ai coupé dans la précipitation d’un matin brumeux quelques repousses de noisetier bien droites d’en l’idée d’en faire des trépieds. Je pose le butin au jardin et propose, dès leur arrivée aux enfants d’effeuiller les tiges pour n’avoir plus que la baguette. Stupeur : la joyeuse équipée accomplit la tâche demandée puis organise ces trésors de bois, ajoute des vêtements et se crée… une cabane. Là, au milieu du bitume, avec quelques baguettes et des feuilles flétries. « On a fait une cabane, maîtresse : » et de réclamer, évidemment, d’avantage de matière. Toute la journée, j’observe des enfants écorcer des baguettes de noisetier et s’émerveiller du clair, du lisse, du neuf qui se crée sous leurs doigts. D’un œil émerveillé, je me dis « l’école du dehors n’est pas loin !»

Pour aller plus loin:

Delphine Pinson, Co-fondatrice de l’association Natures Extra-Ordinaires
 pinson.delphine@gmail.com 0671403835

 

Joëlle Quintin, Ateliers de conception des espaces intérieur et extérieur
Alors … Là…
joelle.quintin@laposte.net 0781308843

4 Comments

  1. Le potager c’est merveilleux pour les petits comme pour les grands ! Nous n’avons pas de jardin mais nous avons décidé de créer un potager sur notre terrasse. Nous surveillons les fondations tous les jours car nous avons amassé 15 sacs de terreau pour couvrir le grand rectangle dédié à nos plantations…
    Mon petit garçon ne se lasse pas tous les jours d’aller rendre visite aux salades, aux tomates, aux herbes aromatiques et aux fleurs qui chaque jour nous réservent de nouvelles surprises… et bien sûr un petit bonjour aux escargots qu’ils trouvent à proximité des champs cultivés et qu’il amène ici pour les sauver des pesticides ! Quel programme !
    Mais franchement, ce potager et tous les petits animaux qui passent sur notre terrasse depuis, me remplissent de joie !
    Merci pour votre blog que je découvre, il est magnifique sur la forme comme sur le fond… votre démarche est essentielle alors qu’il y a à peine quelques semaines Le Monde publiait un constat alarmant sur les dramatiques conséquences de la déconnexion des enfants à la nature ! Alors merci, merci et merci !!!
    Aurélie.

  2. Merci pour ton témoignage, Aurélie, votre terrase semble pleine de vie!!

  3. Merci beaucoup pour ce témoignage qui va me donner du courage pour créer un potager dans notre jardin l’année prochaine !
    Je vois qu’il y a de plus en plus d’expériences “nature” à l’école en France, grâce aux institutrices (et instituteurs) motivées.
    Par exemple, voici 2 liens intéressants (sauf erreur de ma part, je n’ai pas vu d’article correspondant sur ce blog) :
    https://isabellerobin.eu/marcher-en-maternelle/ et https://www.lemonde.fr/education/article/2018/06/16/faire-classe-dehors-avec-des-maternelles-c-est-possible-et-meme-fondamental_5316238_1473685.html?xtor=RSS-3208
    que l’on ma transmis sur ce blog :
    https://grandirpresduchataignier.com/2018/06/11/il-faut-marcher-un-court-texte-a-mediter/
    Encore merci pour votre blog qui nous réveille !

  4. Quelle super initiative! Nous habitons un petit village en Allemagne depuis peu (apres des annees en immeuble dans une grande capitale). Nous avons la chance d’avoir un potager a la maison, a la maternelle et a l’ecole primaire. Je ne me lasse pas d’observer mes enfants decouvrir la nature, ses merveilles, ses defis … et la patience. Les enfants semblent avoir un besoin profond de mettre les mains dans la terre, mais beaucoup n’en ont malheureusement pas l’opportunite. C’est magnifique que des projets comme celui de Delphine voient le jour et permette de changer ce schema. Encore bravo, et merci pour ce blog riche en idees et inspirations.

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