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L’outil le plus indispensable d’une première trousse de survie de jeune aventurier.e

Si vous aussi, vous aimez jouer aux Robinsons en famille, alors le bricolage qui va suivre devrait trouver sa place dans la trousse de survie de vos enfants.

Nous avons pour cela accueilli la proposition d’Eric, passionné de nature, père de « 3 merveilleuses petites sauvageonnes » et auteur du blog Survie-en-famille.com. Dans son article, vous découvrirez comment bricoler avec vos enfants un petit instrument qui pourrait s’avérer indispensable mais aussi comment l’utiliser comme de vrais Robinsons.

Peut-être avez-vous déjà tenté une telle expérience ? Dans ce cas, n’hésitez pas à venir témoigner dans la rubrique des commentaires !


Quel serait l’outil le plus indispensable pour une 1ère trousse de survie ? ©www.leBruitdesImages.com/Marina le Floch

Eric : « Si vous ne pouviez emporter qu’un seul objet sur une île déserte, lequel serait-ce ? » Quand on me pose la question de cette manière, je souris et réponds tout simplement : de la crème solaire !

Au-delà de l’aspect humoristique, la question mérite néanmoins d’être posée en d’autres termes : Quel est l’objet le plus indispensable que toute trousse de survie devrait contenir, et spécialement celle de nos petits aventuriers en herbe ?

On pense souvent en tout premier lieu à un canif, un briquet ou un kit de premiers secours …

Bien que tous ces outils puissent s’avérer en effet (très) utiles en certaines circonstances, ils ne sont toutefois pas à mettre entre toutes les petites mains sans certaines précautions.

Ces outils requièrent, pour la plupart, de d’abord savoir comment les manipuler et les utiliser en toute sécurité. Les plus jeunes d’entre nous n’acquerront la dextérité nécessaire qu’à partir d’un certain âge.

Pour manipuler un couteau, par exemple, un enfant devra avoir passé son permis couteau [lequel est enseigné dans la formation Passeur de Nature], ce qu’il·elle pourra probablement faire à partir de l’âge de 4 ans pour les plus habiles et les plus sages.

Pour être capable d’allumer un feu, qui plus est en situation de « survie », et maitriser les règles de sécurité qui lui sont associées, il faudra encore attendre quelques années et beaucoup pratiquer.

Il y a toutefois un autre objet, tout aussi essentiel si non plus, sur lequel j’insiste systématiquement auprès de mes filles à chaque fois que nous partons en excursion.

Que ce soit dans la campagne ou en ville. Quand on sort des chemins balisés de nos forêts ardennaises ou que nous visitions un musée. De la plus jeune à l’adolescente, mes filles l’emportent à chaque sortie.

C’est probablement l’objet auquel on pense le moins quand on fait une activité en famille et pourtant il peut nous sortir de situations angoissantes, voire dangereuses.

Avant 12 ans, on ne s’attend pas à ce qu’un enfant puisse gérer une situation de détresse seul. On souhaite cependant qu’il puisse attirer l’attention sur lui quand l’assistance d’un adulte est nécessaire.

C’est pourquoi, l’outil de survie à mettre dans les poches de nos petits aventuriers·ères est tout simplement … un sifflet !

On entend bien plus loin qu’on ne voit …

Vous est-il déjà arriver d’être tranquillement sur la plage en été en train de converser avec un proche et de siroter tranquillement un petit apéro au soleil quand votre enfant part nager juste devant vous ou «chercher de l’eau » pour faire un château de sable ? Cinq minutes plus tard vous vous rendez compte que vous l’avez perdu de vue et là, pour un bref moment, c’est la panique à bord !

Vous scrutez tous les maillots de bain en vous demandant lequel vous avez mis à quel enfant ce matin …

Ouf ! Quelques secondes plus tard, fausse alerte ! Vous le retrouvez barbotant quelques dizaines de mètres plus loin.

Si vous vous êtes retrouvés dans ce type de situation, rassurez-vous, vous n’êtes pas le·la seul·e ! Personnellement, j’ai trois filles, ça m’arrive tout le temps !

Et maintenant, imaginez la situation inverse … quand ce sont nos enfants qui nous perdent de vue.

On peut lire dans leurs larmes toute la terreur de s’être retrouvés seuls, entourés de visages inconnus, incapables de s’orienter pour revenir sur leurs pas et retrouver la sécurité du cercle familial.

Personnellement, j’ai vécu ce type d’expérience étant gamin et cela m’a suffisamment traumatisé pour en avoir retenu une bonne leçon : dans la majorité des cas quand on se perd, mieux vaut rester sur place et signaler sa présence.

A l’époque, un sifflet à mon poignet ou accroché à mon sac-à-dos m’aurait été bien utile pour attirer l’attention de mes parents et écourter cette mauvaise expérience.

Le son d’un sifflet est en effet discernable parmi d’autres bruits et porte beaucoup plus loin que les pleurs d’un enfant désorienté, lesquels ne s’élèvent généralement pas plus haut que le brouhaha général.

On entend également bien plus loin qu’on ne voit, surtout dans la foule. Vous savez … un peu comme les manchots en antarctique qui distinguent le cri particulier de leur progéniture parmi des milliers d’individus de la colonie. C’est pareil pour nous !

La plupart des sifflets sont audibles à 200m ou voire plus. Pensez au sifflet d’un arbitre en plein match.

S’égosiller, crier, hurler sont notre système naturel d’appel au secours, mais cela engendre une dépense énergétique inutile quand on est en situation vulnérable, alors que de souffler dans un sifflet n’en demande pratiquement aucune.

Autonomie et sécurité

Tous les parents vous le diront : Une fois que vous avez des enfants, vous restez vigilants
de leur sécurité jusqu’à la fin de vos jours.

Mais ils vous diront aussi qu’il est difficile d’avoir constamment l’œil sur eux !

Et puis, arrivés à un certain âge, il faut bien leur laisser un peu d’autonomie, non ? C’est souvent eux-mêmes qui vous la réclameront plus que vous qui ne la leur concédiez, n’est-ce pas ?

Ne seriez-vous pas rassurés alors de savoir que votre enfant porte sur lui un moyen

d’envoyer un signal auditif portant sur plusieurs centaines de mètres et
qu’il peut actionner facilement s’il a besoin de votre aide ?

Pour moi en tout cas, c’est ce qui me permet de laisser à mes filles suffisamment d’autonomie pour s’avancer hors de portée de vue lorsque nous nous baladons en forêt, sans toutefois faire de concession sur leur sécurité.

Le plus cool, c’est qu’on peut en fabriquer un soi-même.

Vous l’aurez compris, un sifflet est un des éléments indispensables de la trousse de survie de nos jeunes aventuriers et aventurières.

Un sifflet est l’un des 4 éléments de base d’une trousse de survie, avec un couteau, un briquet et une boussole.

Le défi consiste maintenant à faire en sorte qu’ils l’emportent toujours avec eux. Heureusement, la plupart des sacs-à-dos de randonnée qu’on trouve dans le commerce sont munis de boucles faisant aussi office de sifflet. Et si le sac-à-dos vient sans ce type de boucle, on peut facilement remplacer une partie de la boucle originale par une autre avec sifflet intégré.

Ces boucles-sifflet s’adaptent aussi sur des bracelets en paracorde. Une de mes filles en a même fait une mode dans son école. Toutes ses copines en voulaient !

Mais si vous voulez vraiment impressionner vos petiots, le mieux serait de confectionner avec eux un sifflet dans un bout de bois.

Vous voulez savoir comment ? Voici comment faire…

Matériel pour fabriquer votre sifflet survie

Vous aurez besoin :

·         D’un sécateur ou d’une scie ;

·         D’un canif ou d’un couteau ;

·         D’un mètre ruban ou d’une règle ;

·         D’un verre ou un bol d’eau ;

·         Et d’un bâtonnet bien droit d’une longueur d’au moins 10cm et environ de 1,5 à 2cm de diamètre, coupé dans une jeune branche de frêne ou d’érable.


Liste du matériel nécessaire pour fabriquer un sifflet de survie avec un bout de bois. ; ©www.leBruitdesImages.com/ Marina le Floch

Attention !

Votre enfant devra au
préalable avoir passé son permis couteau (ou autre dispositif d’accompagnement aux règles de sécurité) si vous le laissez en charge de la
fabrication du sifflet.
L’animatrice apprend ici à l’enfant comment utiliser son couteau en toute sécurité lors des ateliers buissonniers.

1.       Choisissez la jeune branche de frêne ou d’érable – de préférence en mars-avril lors de la montée de sève* – qui deviendra votre futur sifflet. Contrairement aux branches plus vieilles qui ont une écorce rugueuse, les jeunes branches de l’année sont d’aspect lisse et plutôt verdâtre chez ces essences. Celle-ci devra cependant être suffisamment épaisse (1,5 à 2cm).

2.       Coupez-en un segment de 10 à 15 cm à l’aide du sécateur ou d’une scie ;

3.       A environ 5cm de l’une des extrémités, faites une fine entaille dans l’écorce sur toute la circonférence du bâtonnet à l’aide de votre couteau de poche. Prenez bien soin de couper l’écorce jusqu’à la partie plus dure du bâtonnet (le bois) ;

4.       Après avoir humidifié cette partie du bâtonnet en la trempant quelques secondes dans un verre d’eau, tapotez maintenant l’écorce à l’aide du plat de la lame de votre couteau afin de décrocher le duramen (le bois) de l’écorce proprement dite. Insistez un peu plus au niveau de l’entaille que vous venez de faire pour en décrocher toutes les fibres ;

5.       Tout en tenant le bâtonnet par la partie que vous venez de tapoter dans votre poing fermé, tentez de défaire l’écorce d’un seul tenant en tournant le bâtonnet sur lui-même. Durant l’opération, faites attention de ne pas fendre l’écorce dans sa longueur. Cela rendrait inutilisable votre futur sifflet ;

6.       Tout en maintenant le tube constitué de l’écorce dans sa position initiale sur le bâtonnet, faites deux nouvelles entailles dans l’écorce à ±2cm de l’extrémité de la future embouchure, l’une à angle droit et l’autre en biseau rejoignant la première. Cela créera la « fenêtre » de votre instrument. A ce stade, il suffit de faire juste l’entaille dans le tube et d’insister un peu plus pour marquer le bois à l’emplacement du biseau du sifflet ;

7.       Retirez délicatement le tube;

8.       Creusez maintenant la chambre de résonnance en taillant dans le bois de petits copeaux entre le biseau et le centre du bâtonnet jusqu’à environ 1cm de la partie encore habillée de son écorce. Vous pouvez creuser la chambre jusqu’au moins la moitié de l’épaisseur du bâtonnet.

9.       Prenez soin de vider la moelle dans la chambre de résonnance ;

10.       Entre le biseau et l’extrémité du bâtonnet, au niveau de la future embouchure, coupez une lamelle de quelques millimètres d’épaisseur en bâtonnant à l’aide de votre couteau pour créer l’orifice d’insufflation qui laissera passer un mince filet d’air au niveau de l’embouchure. Attention ! Ne coupez pas une trop grosse épaisseur d’un coup. Faites des essais en coupant petit-à-petit pour tester votre sifflet  ;

11.      Replacez le tube dans le bon sens sur le bâtonnet jusqu’au bout. Il est important que ce tube rond s’ajuste parfaitement au bâtonnet ;

12.       Soufflez par l’orifice pour obtenir le son désiré.

Tadaaam ! Vous avez maintenant un sifflet en bois !


Illustrations: ©www.leBruitdesImages.com/M. le Floch

*Suggestion d’Emilie, fondatrice d’Eveil et Nature

2 astuces

Astuce n°1 : Il est parfois nécessaire de modifier la position du biseau en tournant le tube autour du bâtonnet pour obtenir un meilleur son.
Astuce n°2 : Trempez régulièrement votre sifflet dans de l’eau pour éviter qu’il ne sèche et qu’il ne se craquelle.
Emilie et son sifflet en bois vert (à piston celui-là).

La base de la survie à enseigner à nos enfants : toujours emporter un sifflet … et l’acronyme S.T.O.P.!

Quand on enseigne les techniques de survie, on dit souvent que le plus important n’est pas forcément le matériel (bien que ça aide souvent beaucoup), mais plutôt vos connaissances et votre volonté de vous en sortir qui vous sauveront.

Avoir un sifflet en poche, c’est bien ! Encore faut-il savoir quand et comment l’utiliser !

Apprenez à votre enfant qu’en cas de vraie urgence, il ne doit pas siffler en continu en « mode panique », mais plutôt à intervalle régulier, par exemple toutes les 30 secondes ou toutes les minutes.

Cela permettra d’optimiser les chances que quelqu’un entende son appel à l’aide, tout en économisant son énergie parce qu’il arrive parfois que les secours mettent un peu de temps à arriver.

Dites-lui qu’entre les coups de sifflet, il faut écouter une éventuelle réponse. Quelqu’un qui donnerait des coups de sifflet à tout va n’entendrait pas ce qu’il se passe autour de lui, ni les réponses d’éventuels sauveteurs.

Aux enfants plus âgés, vous pouvez leur enseigner le signal international de détresse en morse : S.O.S. Il suffit de donner trois brefs coups de sifflet, suivis de trois coups plus longs d’environ 1-2 secondes chacun et puis encore trois brefs : « di-di-di-dah-dah-dah-di-di-di », soit • • • — — — • • •. Dans ce cas, pas d’ambiguïté, le message est clair !

Une dernière petite chose :

Maintenant que vous avez enseigné à votre marmaille à utiliser leur sifflet pour appeler à l’aide, voici un acronyme qui peut les aider à retrouver, si ce n’est leur calme, au moins un peu de rationalité en situation soudaine d’urgence, comme quand un enfant se trouve perdu.

S’il arrivait qu’ils se perdent, ils doivent se rappeler de l’acronyme S.T.O.P. :

·         S comme STOPPER = « Arrête-toi, ne panique pas et reste où tu es. Quelqu’un fera certainement demi-tour pour venir te chercher » ;

·         T comme TRAITER = « Traite l’information à ta disposition et surtout, réfléchis à la situation pour ne pas l’aggraver » ;

·         O comme OBSERVER = « Observe l’environnement immédiat. Il faut regarder, mais aussi écouter » ;

·         P comme PLANIFIER = « Conçois ton plan d’action. Réfléchis avant d’agir. Ne panique pas … et utilise ton sifflet ! »


L’acronyme STOP peut aider les jeunes aventuriers·ères à retrouver, si ce n’est leur calme, au moins un peu de rationalité en situation soudaine d’urgence, comme quand ils s’égarent. ; ©www.leBruitdesImages.com/M. le Floch

Vous voilà à présent parés pour laisser vos enfants gambader et découvrir par eux-mêmes les joies de la nature de manière un peu plus autonome, sans pour autant faire de concession sur leur sécurité. Vous verrez, ils vous en seront reconnaissants.

Offrez leur une petite trousse de survie et dites-leur que d’autres ustensiles viendront compléter leur panoplie au fur et à mesure de leur apprentissage du « bushcraft ».

Je vous souhaite de passer des moments mémorables ensemble en pleine nature.

Allons-y ! Emmenons-les jouer dehors !

Les points à retenir :

  • Une bonne trousse de survie commence toujours par un sifflet. Donnez-en un à chacun de vos enfants pour qu’il le garde sur lui ou dans son sac en tout temps !
  • Enseignez à votre enfant à ne jamais jouer à appeler à l’aide « pour du faux ». Vous vous rappelez l’histoire de Pierre et le loup ?
  • Pour appeler à l’aide, mieux vaut siffler à intervalle régulier et laisser quelques secondes entre les coups de sifflet pour écouter et préserver son énergie. On peut, p.ex., siffler S.O.S. en morse pour lever toute ambiguïté.
  • Rappelez-vous de l’acronyme S.T.O.P.
  • Et surtout, entraînez-vous ensemble à fabriquer un sifflet avec un bout de bois. C’est amusant et cela pourrait s’avérer utile un jour …

Éric de Survie-en-famille.com

Au travers de son nouveau blog Survie-en-famille, Eric se donne pour mission d’aider les familles à se reconnecter à la nature en s’initiant aux techniques de (sur-)vie douce. Après 15 ans passées en Afrique, il revient dans les Ardennes belges et se lance dans l’animation et l’enseignement du bushcraft. Envies de vous y mettre ? Retrouvez 30 jeux gratuits pour initier les 6-12 ans à cette discipline dans un livre d’activités ludique et pédagogique en vous inscrivant à la newsletter de Survie-en-famille.

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Jannel
Jannel
2 mois il y a

Pas réussi a dépasser l’étape 3: impossible de détacher le rouleau après l’avoir fait tremper . Peut être mon érable est il trop dur ? L’écorce pas assez printanière…

mevel
mevel
3 mois il y a

Super cet article qui rappelle tellement de souvenirs de mes escapades de mômes !

Pascale LEGER
Pascale LEGER
3 mois il y a

Excellent ! j’adore cette rassurante organisation et cela donne de belles consignes à inculquer à nos jeunes aventuriers en toutes circonstance. J’ai maintenant super hate de fabriquer un sifflet pour vois comment aider les enfants à faire le leur. Encore Merci