Imaginez.
Aujourd’hui, on vous donne tous les pouvoirs pour amĂ©nager la cour d’Ă©cole de votre enfant. Exactement comme vous le souhaitez, de la façon qui vous semble la plus propice Ă ses jeux, Ă son bien-ĂȘtre, Ă son dĂ©veloppement, mais aussi, bien sĂ»r, Ă ses apprentissages Ă l’Ă©cole. C’est vous le maĂźtre d’oeuvre.
GĂ©nial! Qu’allez-vous proposer?
Je vous invite Ă choisir, parmi les 10 photos de cet article, laquelle illustre le mieux votre projet! đ
Vous pouvez Ă©couter le podcast directement sur le blog en cliquant sur le bouton Lecture. Pour enregistrer le podcast sur votre ordinateur et l’Ă©couter en faisant la vaisselle par exemple, en faisant un clic droit ici, puis Enregistrer le lien sous.Â

Photo n°1

Photo n°2: issue d’un site internet spĂ©cialisĂ© dans l’amĂ©nagement d’espaces de jeux naturels (vous pouvez accĂ©der au site en cliquant sur l’image). Oui, c’est un site marchand… mais non je ne touche pas de commission! Bon, je me doute que vous ne ferez pas appel Ă leurs services, ils sont tout de mĂȘme un peu loin… đ  Mais leur travail est plutĂŽt inspirant!

Photo n°3

Photo n°4

Photo n°5

Photo n°6
Je vous invite Ă jeter un Ćil au document ci-contre, trouvĂ© sur un site ministĂ©riel. Il prĂ©cise le cadre en vigueur dont il faut tenir compte lorsque l’on amĂ©nage une aire de jeux. J’y retrouve surtout beaucoup de bon sens! En gros, lorsque je rĂ©alise un amĂ©nagement collectif, qui aura pour vocation d’ĂȘtre utilisĂ© par beaucoup d’enfants et trĂšs frĂ©quemment, je cherche Ă Ă©viter toutes les mauvaises surprises. Par exemple, les matĂ©riaux sur lequel il est prĂ©vu que les enfants prennent appui ne doivent pas se casser ou se dĂ©tacher inopinĂ©ment.
Rien ne m’empĂȘche de mettre de l’herbe, de semer Ă la volĂ©e quantitĂ© de fleurs des champs, d’implanter un bosquet, de disposer un tronc d’arbre au sol ou mĂȘme des rochers, de conserver un talus en pente, d’accrocher une grosse corde Ă un arbre, ni mĂȘme de permettre aux enfants de monter dans cet arbre. Sous certaines conditions et amĂ©nagements, qui relĂšvent du bon sens et de la connaissance de l’enfant ou de rĂ©actions d’enfants en groupe.
Il s’agit alors d’intĂ©grer ces amĂ©nagements dans un projet pĂ©dagogique et de conduire un travail collaboratif (Ă©quipe enseignante, mairie, parents, Ă©quipe de circonscription…).
Ah! C’est lĂ que ça se complique!
En effet, si de tels amĂ©nagements des espaces extĂ©rieurs de l’Ă©cole Ă©taient culturellement acquis, chacun saurait dĂ©jĂ quel rĂŽle jouer dans le projet, personne n’aurait rien Ă prouver et tout le monde serait confiant, y compris les parents d’Ă©lĂšves. Or, la culture collective n’envisage en premier lieu que des cours d’Ă©coles les plus traditionnelles possibles, goudron, toboggan amorti sur un sol en gomme, platane, marelle tracĂ©e au sol et Ă©ventuellement carrĂ© de pelouse dans lequel on ne va pas quand c’est mouillĂ©. J’exagĂšre?…
Je crois donc qu’il faudra des gĂ©nĂ©rations de pionniers qui vont devoir se mouiller, se justifier lors d’interminables rĂ©unions, essuyer les critiques ou le refus des plus craintifs et rentrer bien fatiguĂ© le soir, parfois Ă en rĂȘver la nuit… Pourtant, j’ai le sentiment que ces pionniers sont dĂ©jĂ en route!

Photo n°7

Photo n°8
Mais il y a aussi de formidables initiatives dans certaines écoles publiques françaises. Saluons-les bien bas!
Voici par exemple un aperçu d’un projet menĂ© dans une Ă©cole maternelle, avec l’accompagnement du Centre d’Ă©ducation Ă l’environnement CARDERE (Rouen):

Photo n°9
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Je vous conseille Ă©galement de faire un dĂ©tour par le site de Biodiville qui, je pense, recense la totalitĂ© des ressources disponibles!…
Enfin non, il en manque une… C’est Ă dire que, comme je le mentionnais plus haut, faire vivre la nature aux enfants ne passe pas forcĂ©ment par un projet sur la biodiversitĂ©. MĂȘme si par la suite, je ne doute pas que les enfants fait d’un coin de nature leur terrain de jeu auront sans doute de certaines prĂ©dispositions pour se sentir concernĂ©s par les projets sur la biodiversitĂ©!
Voici donc cette ressource. Elle ne date pas d’hier, elle date d’une Ă©poque oĂč l’Ă©cole n’Ă©tait pas encore entrĂ©e en mode « Planet clean », pour reprendre les mots de Louis Espinassous Ă propos du principe de prĂ©caution…

Merci Freinet!

Photo n°10

Photo n°10 bis (il s’agit de la mĂȘme cour d’Ă©cole!)
Photo:Â Nathalie
Prenez le temps de rĂ©flĂ©chir. Oui, car tout de mĂȘme, votre enfant y passe du temps, dans la cour de son Ă©cole. Beaucoup de temps! Combien de temps, d’ailleurs? Et bien si on se base sur 2 rĂ©crĂ©ations quotidiennes de 20 minutes auxquelles on ajoute 10 minutes d’accueil matin et aprĂšs-midi et peut-ĂȘtre aussi le temps de pause mĂ©ridienne… Cela fait entre 1 et 2 heures par jour d’Ă©cole. Tiens! Ăa me rappelle qu‘il est recommandĂ© de permettre aux enfants de jouer librement dans un espace de verdure au moins 1 heure chaque jour. Cela Ă©vite les mĂ©faits du Syndrome de Manque de Nature.  Mais lĂ , vous vous dites peut-ĂȘtre: « Heu… bah justement, la verdure, dans la cour d’Ă©cole de mon enfant, c’est pas trop ça… ». Ah, zut… Mais comme aujourd’hui vous allez tout rĂ©former, il n’y a plus de souci Ă se faire! đUne Ă©tude suĂ©doise vous guide dans vos choix
Vous avez raison de penser qu’il va y avoir un parti pris dans le choix de l’Ă©tude que je vais proposer pour Ă©clairer votre travail. Il n’en reste pas moins que j’ai choisi une Ă©tude qui a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e selon un protocole scientifique parfaitement rigoureux. Il s’agit du travail menĂ© par le suĂ©dois Grahn et son Ă©quipe en 1997.
Photo:Â Asheville Area Habitat for Humanity
Voici ce que nous apprend cette Ă©tude. Deux crĂšches ont Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©es pendant 1 an. L’une avait un extĂ©rieur classique (sol plat et lisse, gazon, aires de jeux bien dĂ©limitĂ©es, un parterre de fleurs, etc. Bref, comme la plupart des cours de nos Ă©coles maternelles). L’autre avait un espace extĂ©rieur qui avait Ă©tĂ© conçu pour permettre aux enfants d’ĂȘtre au plus proche de la nature (jardin sauvage, grands arbres, rochers, bosquet, sol irrĂ©gulier, grande surface de sable, balançoires, cordes). Les deux crĂšches Ă©taient comparables sur tous les autres points (surface du terrain, nombre d’enfant, catĂ©gories socio-professionnelles, rĂ©putation, etc.) Les enfants avaient entre 3 et 7 ans. On a Ă©tudiĂ© leurs compĂ©tences dans de nombreux domaines de dĂ©veloppement. Et bien vous savez quoi? Les enfants frĂ©quentant la crĂšche « naturelle » avaient de meilleurs rĂ©sultats aux tests dans TOUS les domaines de dĂ©veloppement. Par exemple, ces enfants:- arrivaient mieux Ă se concentrer
- étaient plus agiles
- étaient moins souvent absents pour cause de maladie
- étaient plus créatifs dans leurs jeux
- arrivaient mieux à résoudre les conflits
- étaient moins distraits
- Ă©taient plus Ă l’Ă©coute
- coupaient moins la parole
- avaient moins d’accidents
- semblaient moins agitĂ©s…

Mon constat d’enseignante
Les cours d’Ă©cole, je peux vous en parler. En 7 annĂ©es d’exercice, j’ai eu le plaisir de frĂ©quenter prĂšs de 50 Ă©coles diffĂ©rentes (C’est que j’ai notamment Ă©tĂ© maĂźtresse remplaçante). Je peux donc vous parler de ce que j’ai pu observer dans la DrĂŽme.De plus en plus de goudron
Propre et uniforme, irrĂ©prochable, le goudron neuf et lisse est l’habit de choix des cours d’Ă©cole. Au moins, les pieds des enfants restent propres (vous avez pensĂ© au mĂ©nage??), ils arrĂȘtent de trĂ©bucher (mais rappelez-vous que dans notre crĂšche « naturelle », la motricitĂ© des enfants est plus dĂ©veloppĂ©e, donc ils trĂ©buchent moins!) et tout le monde est content. Les enfants s’en accommodent en jouant au foot ou avec leurs cartes pokĂ©mon… mais je veux bien croire qu’ils sont moins crĂ©atifs et qu’il y a plus de conflits!
De moins en moins de terrains variés
Le sable ça fait dĂ©raper, les cailloux ça se lance, la terre ça colle, tout ce qui dĂ©passe on peut se cogner dessus. Les fleurs? On les trouve belles alors on les met Ă l’Ă©cart, et interdit d’y toucher!…Les enfants aiment bien gratter la terre, jouer dans les petits trous, marcher dans les flaques? Oui mais aprĂšs, leurs vĂȘtements sont sales et mouillĂ©s… Ah! Ăpineuse question, celle des vĂȘtements, comment allez-vous l’intĂ©grer dans votre projet, vous, lecteur, qui allez remodeler votre cour d’Ă©cole??Des petits coins oĂč se cacher?
Un de ces jours, je vous parlerai d’une Ă©tude qui dĂ©montre les compĂ©tences que dĂ©veloppe l’enfant lorsqu’il n’est pas toujours directement sous le regard de l’adulte. En tout cas, vous avez constatĂ© comme moi que nos petits adorent se cacher dans des petits coins. Le problĂšme, c’est qu’il est un peu moins facile de les surveiller… Alors lĂ encore, on supprime! Enfin non, il reste des petits coins « homologuĂ©s », par exemple les cabanes en plastique. C’est dĂ©jà ça!De la terre? Des plantes?
Mais la terre, c’est sale! Alors on supprime, la terre, aussi? Souvent, oui. J’ai malheureusement frĂ©quentĂ© plusieurs cours d’Ă©coles dans lesquelles il n’y avait ni gazon, ni arbres, ni terre, ni rien. Que du bitume… Alors on distribuait des cordes Ă sauter et des petits vĂ©los aux enfants pour qu’ils se dĂ©pensent quand mĂȘme. Cependant, dans de nombreuses Ă©coles il y a des projets de jardinage. Ce sont souvent des petits laboratoires de poche qui permettent d’observer la croissance de quelques plantes (et c’est dĂ©jĂ une sacrĂ©e source d’Ă©merveillement!). Ils sont en gĂ©nĂ©ral placĂ©s sur le bord ou dans un coin. On espĂšre ainsi prĂ©server les plantations des petites mains ravageuses. Les enfants n’ont en gĂ©nĂ©ral pas le droit d’y accĂ©der en dehors des sĂ©ances encadrĂ©es. Je n’Ă©mets sur ce point pas de jugement de valeur. La critique est facile alors que de petites initiatives demandent souvent dĂ©jĂ beaucoup d’efforts. Je me doute seulement que si l’espace vĂ©gĂ©tal Ă©tait majoritaire dans les cours d’Ă©cole, les petites mains testeraient la rĂ©sistance des feuilles sur d’autres plantes que celles des plate-bandes. Il ne serait sans doute plus nĂ©cessaire d’interdire aux enfants de s’approcher des cultures!
Photo:Â Ted Eytan
Quelques cours dignes de notre crÚche « naturelle » suédoise
AprĂšs avoir brossĂ© ce bien noir tableau, j’ai tout de mĂȘme envie d’Ă©voquer les quelques cours d’Ă©coles qui ont encore un terrain variĂ© et vĂ©gĂ©talisĂ©. Il y en a peu. Mais il y en a, c’est donc que c’est possible! La premiĂšre Ă laquelle je pense, elle est dans un petit village du Vercors. CĂŽtĂ© nature, les enfants sont servis, lĂ haut! Cette cour a un jardin clos d’un muret en vieilles pierres, abritĂ© sous un gros tilleul. Les enfants y sont Ă l’affĂ»t des lĂ©zards et des ptites bĂȘtes, ils entendent les cloches des vaches. Ils n’ont tout de mĂȘme pas trop le droit d’escalader le muret… A ce propos, je vous parlerai rapidement tout Ă l’heure de la responsabilitĂ© des enseignants en cas d’accident. J’ai vu aussi une cour d’Ă©cole immense, avec une grande pelouse en pente. Les enfants la dĂ©valait en roulant, cette simple pente Ă©tait source d’innombrables jeux! Une autre Ă©tait cerclĂ©e de buissons. Les enfants y vivaient leurs petites aventures! Nous savions bien oĂč les trouver en cas de besoin, mais je me souviens qu’il y avait assez peu de conflits Ă rĂ©gler dans cette cour. Les enfants avaient leurs territoires, leurs refuges! La derniĂšre Ă laquelle je pense est celle de mon village, celle oĂč ira ma fille. Talus Ă escalader, pelouses, sable et petits cailloux, arbres… Les enfants s’y rĂ©galent! Les enseignants peut-ĂȘtre un peu moins. C’est que pour assurer la surveillance, il faut se rĂ©partir entre 3 espaces… cela demande une certaine organisation!
Photo:Â Jane Bain
A qui la faute?
Des questions de sécurité et de responsabilité
Il y a quelques annĂ©es, j’Ă©tais directrice dans une Ă©cole maternelle. J’ai eu Ă monter un dossier intitulĂ© DUER: Document Unique dâĂvaluation des Risques. J’Ă©tais notamment chargĂ©e d’y mentionner chaque Ă©lĂ©ment de la cour d’Ă©cole qui pouvais reprĂ©senter un risque potentiel. Je devais ensuite prĂ©senter ce dossier Ă la mairie: c’est en effet la commune, en tant que propriĂ©taire et gestionnaire de l’Ă©cole, qui est chargĂ©e de l’installation et de l’entretien de la cour. (« LâamĂ©nagement et lâentretien des espaces extĂ©rieurs rĂ©servĂ©s aux Ă©lĂšves, ainsi que lâinstallation et lâentretien des matĂ©riels mis Ă leur disposition relĂšvent Ă©galement de la compĂ©tence de la commune », extrait du RĂšglement Type DĂ©partemental des Ecoles Publiques). Je me revois en train de faire le tour de la cour de rĂ©crĂ©, accompagnĂ©e de 2 agents communaux, pataugeant des deux pieds dans le principe de prĂ©caution, pointant gentillement chaque Ă©lĂ©ment pouvant reprĂ©senter un risque plus ou moins imaginaire. Nous avons tout de mĂȘme optĂ© pour une certaine tolĂ©rance Ă l’Ă©gard de certains Ă©lĂ©ments (non, la cour n’Ă©tait pas uniformĂ©ment plate!), mais planait au dessus de nos tĂȘte la redoutĂ©e EpĂ©e de DamoclĂšs brandie par le spectre de parents malveillants, prĂȘts Ă porter plainte au moindre bobo de leur enfant…
Photo:Â Leslie Duss
Imaginez ce que j’aurais mentionnĂ© dans mon DUER si la cour avait Ă©tĂ© amĂ©nagĂ©e selon mes rĂȘves les plus fous, avec des arbres pour y grimper, des buissons pour s’y cacher et des cordes pour s’y balancer? La mairie aurait-elle trouvĂ© un organisme disposĂ©e Ă homologuer de tels Ă©quipements? (Ă ce propos, vous pouvez jeter un oeil Ă ce document de synthĂšse Ă©laborĂ© par la Maif, intitulĂ© « SĂ©curitĂ© et ResponsabilitĂ© dans les Ă©coles ») Une solution s’offrait Ă moi: ne rien mentionner mais endosser TOUTE la responsabilitĂ©. Les enfants auraient sĂ»rement profitĂ© des mĂȘmes bĂ©nĂ©fices que ceux de notre crĂšche naturelle, cependant en cas de pĂ©pin, j’Ă©tais hors la loi et passible de sanctions auxquelles je n’ose mĂȘme pas songer. D’ailleurs, est-ce si sĂ»r??Une affaire culturelle
Comme souvent, on craint le pire, mais si on se penche sur le cadre posĂ© par la loi, on se rend compte que tout n’est pas si figĂ©.
Je vous invite Ă jeter un Ćil au document ci-contre, trouvĂ© sur un site ministĂ©riel. Il prĂ©cise le cadre en vigueur dont il faut tenir compte lorsque l’on amĂ©nage une aire de jeux. J’y retrouve surtout beaucoup de bon sens! En gros, lorsque je rĂ©alise un amĂ©nagement collectif, qui aura pour vocation d’ĂȘtre utilisĂ© par beaucoup d’enfants et trĂšs frĂ©quemment, je cherche Ă Ă©viter toutes les mauvaises surprises. Par exemple, les matĂ©riaux sur lequel il est prĂ©vu que les enfants prennent appui ne doivent pas se casser ou se dĂ©tacher inopinĂ©ment.
Rien ne m’empĂȘche de mettre de l’herbe, de semer Ă la volĂ©e quantitĂ© de fleurs des champs, d’implanter un bosquet, de disposer un tronc d’arbre au sol ou mĂȘme des rochers, de conserver un talus en pente, d’accrocher une grosse corde Ă un arbre, ni mĂȘme de permettre aux enfants de monter dans cet arbre. Sous certaines conditions et amĂ©nagements, qui relĂšvent du bon sens et de la connaissance de l’enfant ou de rĂ©actions d’enfants en groupe.
Il s’agit alors d’intĂ©grer ces amĂ©nagements dans un projet pĂ©dagogique et de conduire un travail collaboratif (Ă©quipe enseignante, mairie, parents, Ă©quipe de circonscription…).
Ah! C’est lĂ que ça se complique!
En effet, si de tels amĂ©nagements des espaces extĂ©rieurs de l’Ă©cole Ă©taient culturellement acquis, chacun saurait dĂ©jĂ quel rĂŽle jouer dans le projet, personne n’aurait rien Ă prouver et tout le monde serait confiant, y compris les parents d’Ă©lĂšves. Or, la culture collective n’envisage en premier lieu que des cours d’Ă©coles les plus traditionnelles possibles, goudron, toboggan amorti sur un sol en gomme, platane, marelle tracĂ©e au sol et Ă©ventuellement carrĂ© de pelouse dans lequel on ne va pas quand c’est mouillĂ©. J’exagĂšre?…
Je crois donc qu’il faudra des gĂ©nĂ©rations de pionniers qui vont devoir se mouiller, se justifier lors d’interminables rĂ©unions, essuyer les critiques ou le refus des plus craintifs et rentrer bien fatiguĂ© le soir, parfois Ă en rĂȘver la nuit… Pourtant, j’ai le sentiment que ces pionniers sont dĂ©jĂ en route!

Photo:Â Dylan Passmore
Et si tout cela changeait bientĂŽt?
La mode est Ă la biodiversitĂ© (et c’est tant mieux!)
Cela a commencĂ© avec le Sommet de la Terre Ă Rio en 1992, puis 2010 fut dĂ©clarĂ©e annĂ©e de la biodiversitĂ©. Et de plus en plus fleurissent les projets visant Ă enrayer la chute de la biodiversitĂ©, ou du moins Ă sensibiliser l’opinion publique Ă cette question. A cela s’ajoutent des Ă©tudes venant nous prouver Ă quel point l’homme a besoin de la diversitĂ© biologique pour son Ă©quilibre… Et petit Ă petit, des projets visant Ă faire entrer la biodiversitĂ© dans les cours d’Ă©coles voient le jour! Toutefois, la crĂšche suĂ©doise mentionnĂ©e dans notre Ă©tude n’avait pas spĂ©cialement pour projet de faire entrer la biodiversitĂ© Ă l’Ă©cole, mais plutĂŽt de faire vivre la nature aux enfants. Cela passe avant tout par une sorte de terrain d’aventure au naturel auquel les enfants ont accĂšs chaque jour. Mais qui, malgrĂ© le piĂ©tinement, doit sĂ»rement bien plus foisonner en biodiversitĂ© que nos bonnes vielles cours d’Ă©coles!
Photo:Â michael.biermann
Qui porte le flambeau de ces actions?
C’est plutĂŽt du cĂŽtĂ© des Ă©coles privĂ©es ayant un projet globalement tournĂ© vers la nature qu’il faut chercher. PrĂšs de chez moi, dans la DrĂŽme, je peux par exemple citer l’Ă©cole des Amanins, fondĂ© en 2004 notamment par Pierre Rabhi et Isabelle Peloux. A l’Ă©tranger, le terreau semble parfois plus fertile, notamment dans les pays scandinaves ou germaniques mais Ă©galement aux Etats Unis. C’est aux pays-bas que j’ai trouvĂ© le plus de projets Ă ce sujet sur internet. Je vous propose un aperçu en images de cours d’Ă©coles ayant ouvert leur porte Ă la nature sur mon tableau Pinterest: (cliquez sur l’image pour accĂ©der au tableau)
Mais il y a aussi de formidables initiatives dans certaines écoles publiques françaises. Saluons-les bien bas!
Voici par exemple un aperçu d’un projet menĂ© dans une Ă©cole maternelle, avec l’accompagnement du Centre d’Ă©ducation Ă l’environnement CARDERE (Rouen):
Qu’en disent les programmes scolaires?
La mode est Ă la biodiversitĂ© (il Ă©tait temps!). Dans les Ă©coles, les sciences naturelles ont toujours Ă©tĂ© au programme et il est depuis longtemps prĂ©conisĂ© de prendre appui pour certains apprentissages sur l’environnement immĂ©diat de l’Ă©cole. Parle-t-on de nature dans la cour d’Ă©cole dans les textes officiels? Et bien oui! J’en faisais dĂ©jĂ Ă©tat dans une prĂ©cĂ©dente vidĂ©o …  Voici notamment ce que prĂ©cise une circulaire, parue en fĂ©vrier dernier et intitulĂ©e « Instruction relative au dĂ©ploiement de l’Ă©ducation au dĂ©veloppement durable dans l’ensemble des Ă©coles et Ă©tablissements scolaires pour la pĂ©riode 2015-2018 »:Afin de gĂ©nĂ©raliser les initiatives visant au retour de la nature et de la biodiversitĂ© dans les Ă©coles et les Ă©tablissements, la crĂ©ation de « coins nature » dans les Ă©coles est encouragĂ©e.Encourageant, non?

Photo:Â Nirmal & Humaira
De plus en plus de ressources documentaires
Autre bonne nouvelle, c’est que pour les courageux qui souhaiteraient se lancer dans de tels projets, il y a de plus en plus de ressources, d’EXCELLENTE qualitĂ©, des mines d’or d’idĂ©es, d’informations et de sĂ©quences clĂ© en main Ă mener avec ses Ă©lĂšves! Sans surprise, il s’agit souvent de travaux issus du milieu associatif. Voici 3 dossiers que je recommande chaleureusement. En plus, on peut les tĂ©lĂ©charger gratuitement!
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Je vous conseille Ă©galement de faire un dĂ©tour par le site de Biodiville qui, je pense, recense la totalitĂ© des ressources disponibles!…
Enfin non, il en manque une… C’est Ă dire que, comme je le mentionnais plus haut, faire vivre la nature aux enfants ne passe pas forcĂ©ment par un projet sur la biodiversitĂ©. MĂȘme si par la suite, je ne doute pas que les enfants fait d’un coin de nature leur terrain de jeu auront sans doute de certaines prĂ©dispositions pour se sentir concernĂ©s par les projets sur la biodiversitĂ©!
Voici donc cette ressource. Elle ne date pas d’hier, elle date d’une Ă©poque oĂč l’Ă©cole n’Ă©tait pas encore entrĂ©e en mode « Planet clean », pour reprendre les mots de Louis Espinassous Ă propos du principe de prĂ©caution…

De plus en plus de parents comme vous?
Pour qu’un renouveau ait lieu dans nos cours d’Ă©coles, il faut des enseignants motivĂ©s, des municipalitĂ©s ouvertes… et des parents partie prenante! Bien sĂ»r, en tant que parents, nous serons toujours soucieux de la sĂ©curitĂ© de nos enfants. Mais je pense que nous sommes de plus en plus nombreux Ă nous dire que cette sĂ©curitĂ© ne passe pas par un environnement exempt de toute « aspĂ©rité », et encore moins de nature! Alors faisons-le savoir autour de nous, soutenons les enseignants lorsqu’ils sont porteurs de tels projets, impulsons-les quand cela est possible… Et arrĂȘtons de leur casser les pieds quand notre enfant rentre de l’Ă©cole avec de la terre sur ses chaussures ou un vĂȘtement dĂ©chirĂ©! En fait, s’il est une campagne Ă mener, c’est sans doute sur les vĂȘtements d’enfants et l’usage qui en est fait… Peut-ĂȘtre s’agit-il d’un des frein culturel majeur?…Pour conclure
Bon! Revenons Ă nos moutons…
Photo:Â Leslie Duss
Depuis le dĂ©but de cet article, vous avez donc pu rĂ©flĂ©chir Ă quelle cour d’Ă©cole vous souhaiteriez pour votre enfant. Et bien la parole est Ă vous! Je vous propose dans un premier temps de choisir parmi les photos numĂ©rotĂ©es de cet article laquelle reprĂ©sente le mieux cette cour. Faites-nous connaĂźtre votre choix dans la rubrique des commentaires! Mais comme le choix est restreint, alors n’hĂ©sitez pas Ă nous donner des prĂ©cisions. L’Ă©tape suivante sera… de passer Ă l’action? Oui, et vite, parce que ces cours d’Ă©coles, nous les souhaiterions tant que nos enfants y sont, si possible!! Emilie
Photo:Â Leslie Duss
(Jingle du podcast: source sonore: www.universal-soundbank.com, Chant d’oiseaux variĂ©s et Senegal – inst : Tambours – Voix)

[…] rĂ©flexion autour des cours d’Ă©coles (oui je sais, on est en plein mois de juillet !) : choisissez la cour d’Ă©cole de votre enfant : un inventaire des types de cours d’Ă©cole et des questions pertinentes sur les choix que […]
Je tombe par hasard sur ce site merveilleux et sur cet article qui, Ă moi aussi, me fait du bien ! Non je ne suis pas seule Ă vouloir plus d’herbe et que les enfants sautent dans les flaques et creusent la terre dans la cour de leur Ă©cole !
Je me sens pourtant bien seule, conseillĂšre municipale dans un village pĂ©ri-urbain (pĂ©ri-rural ?) oĂč la rĂ©fection de l’Ă©cole qui a lieu actuellement consiste Ă niveler et enrober l’ensemble des espaces extĂ©rieurs. Et les trois carrĂ©s d’herbes qui rĂ©sistaient ? EnrobĂ©s ! Ils ne servent Ă rien, ça fait de la boue, ça salit les salles de classes. MĂȘme les maĂźtresses veulent qu’on les supprime, me dit-on !
J’ai bataillĂ© pour quelques mĂštres carrĂ©s de plates bandes oĂč faire pousser des arbustes, mais je ne me retrouve pas dans votre enthousiasme sur les changements Ă venir. Nous sommes en 2021 et je passe pour une Ă©colo rĂ©ac tout droit descendue de mon Larzac… Pardon pour le clichĂ© mais j’ai face Ă moi des personnes pleines de bonnes intentions mais qui pensent la mĂȘme chose que leurs prĂ©dĂ©cesseurs et leurs prĂ©dĂ©cesseurs avant eux etc… Les mentalitĂ©s changent peu, ou malheureusement changent plus vite en ville ? Je me suis appuyĂ©e sur le projet des cours oasis de la ville de Paris pour montrer des amĂ©nagements possibles, mais finalement, dans un village oĂč nous avons encore accĂšs Ă la nature, cette derniĂšre n’est pas au cĆur des prĂ©occupations ! C’est dĂ©sespĂ©rant mais merci pour cet article et toutes les rĂ©fĂ©rences dans lesquelles je vais pouvoir piocher !
Dans l’Ă©cole oĂč j’enseigne il y a un petit lieu magique derriĂšre les buissons , pentu et avec des racines… le genre d’endroit dont les marmots raffolent pour se crĂ©er leur univers, gratter la terre, creuser, bĂątir, partir loin dans l’imaginaire. Mais pour l’instant l’Ă©quipe enseignante est dĂ©favorable Ă ce que cet espace soit investi par les enfants car trop dangereux et difficile Ă surveiller… affaire Ă suivre. Cela n’empĂȘche pas l’Ă©quipe de se mobilier pour penser une cour d’Ă©cole plus vivante, plus crĂ©ative et , surtout plus… ensauvagĂ©e. La rĂ©flexion ne fait que commencer mais nous avons amorcĂ© une rĂ©flexion autour de la rĂ©partition des espaces et du matĂ©riel (afin que l’immense majoritĂ© de la cour, occupĂ©e par le terrain de foot ne soit pas rĂ©servĂ©e aux garçons footeux du CM2), de permettre une rotation au jardin Ă chaque rĂ©crĂ©ation, des jeux de cour, des craies pour dessiner au sol, en attendant d’avoir encore de plus riches idĂ©es. Une roue en « camembert » permet de dĂ©finir quel espace est disponible pour quelle classe Ă chaque rĂ©crĂ©ation. Pour ma part, je tiens Ă ce que l’investissement au jardin permettre de construire du collectif et d’oser la matiĂšre. La premiĂšre Ă©tape a Ă©tĂ© d’apporter une brouette, des pelles et de benner un gros tas de fumier au milieu de la cour. Ainsi Ă chaque rĂ©crĂ©ation, quelle joie de voir; au coeur de notre quartier urbain, des enfants pelleter, pousser la brouette, gratter la terre, ratisser… Le reste est Ă venir, nous avons tous hĂąte! Pour nourrir la rĂ©flexion, le film « Les enfants du dehors » tournĂ© Ă l’Ă©cole du dehors de l’Ă©cole Jacqueline Ă Strasbourg est bien inspirant.

Un GRAND merci Delphine pour ton tĂ©moignage: il est une source d’inspiration prĂ©cieuse!!
On souhaite Ă vos petits Ă©lĂšves de se rĂ©approprier leurs jeux d’enfants grĂące Ă ces initiatives… On a hĂąte de recevoir des nouvelles de la suite đ
Bonjour Ă tous. Je trouve ce projet de cour d’Ă©cole naturelle vraiment bon.
Jamais l’idĂ©e d’une cour jardin ne m’Ă©tait venue.
Preuve sans doute de l’image fixĂ©e que l’on se fait de ce qu’une cour d’Ă©cole doit-ĂȘtre..
J’imagine que le problĂšme des taches et de la surveillance sont les principaux problĂšmes malgrĂ© tous les avantages d’un environnement le plus naturel possible au cĆur d’environnements les plus urbains.
Peut-ĂȘtre pourrait-on fournir aux Ă©lĂšves des combinaisons qui ne craignent pas la boue et les buissons? ( MĂȘme si j’imagine, cela pose problĂšme pour le budget municipal, a moins que ce soit Ă la charge des parents comme une partie du matĂ©riel scolaire l’est ) et aussi de quoi se laver les mains Ă l’extĂ©rieur.
Pour la surveillance, il est regrettable que les municipalitĂ©s n’aient plus les moyens de fournir des surveillants aux Ă©tablissements.
Dans une cour jardin avec potentielles cachettes, je pense qu’il faudrait qu’un des maĂźtres se trouve en hauteur. Depuis une salle si possible. Sinon, dans une sorte de poste en hauteur ou il puisse avoir une vue d’ensemble de la cour et un collĂšgue en bas prĂȘt Ă intervenir.
Dans la cour de l’Ă©cole de ma fille, les enfants jouent en toute libertĂ© dans un espace naturel vaste (cette Ă©cole se trouve en montagne). Les adultes ne voient pas tous les endroits auxquels les enfants accĂšdent mais une relation de confiance profonde est au coeur du projet pĂ©dagogique, donc faisant partie des apprentissages menĂ©s par l’Ă©quipe pĂ©dagogique.
Lorsque les enfants en ont le besoin, ils solicitent l’aide des adultes. A ma connaissance, aucun incident grave n’est Ă dĂ©plorer, pas plus que dans les cours d’Ă©cole que j’ai pu surveiller lorsque j’Ă©tais enseignante, dans lesquelles les enfants se blessaient frĂ©quemment sur le goudron, nĂ©cessitant parfois des points de suture…
Il s’agit simplement d’un changement de paradigme! đ
merci Emilie pour ce super chouette article!! Je vais l’imprimer! Ca bouge mĂȘme plus en France qu’en Belgique on dirait!!
Ăa ne bouge pas trĂšs vite malheureusement… Mais Ă force de semer des petites graines, elles germent! (les enfants n’attendent que ça) đ