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La nature et ses lois: un modèle pour éduquer nos enfants?

Nous sommes de plus en plus nombreux à souhaiter connecter nos enfants à la nature. Mais est-ce une bonne idée de prendre la nature pour modèle pour éduquer nos enfants?

Vous connaissez sûrement la fameuse “Loi de la jungle”: c’est le plus fort qui gagne. La nature ne serait-elle donc que compétition? C’est ce que l’on nous a appris à croire…

Et si les lois de la nature étaient avant tout basées sur l’entraide? Oui mais tout de même: le renard mange le lapin, le busard mange le campagnol, des plus riches écrasent des plus pauvres, …. Il peut alors nous sembler qu’entraide, force et équité ne soient pas vraiment conciliables dans la nature et on pourrait douter que ces valeurs soient dans notre nature.

Malgré cela j’ai quelques réticences à éduquer mes enfants en souhaitant qu’ils croquent le lapin. Je ne souhaite pas non plus qu’ils se fassent croquer par le renard. Quel dilemne !  

Alors..la nature et ses lois peuvent elles être un modèle d’éducation pour nos enfants ? 

  

Un article inspiré par la lecture de:

1) Un modèle pour notre société

En s’aventurant à prendre les avis des personnes qui vous entourent vous ne pourrez que constater que nous sommes imprégné·es de la loi de la jungle. D’une définition bien particulière de cette loi. Essayez seulement de dire que l’être humain a des comportements spontanés altruistes. Il est fort possible que vous soyez taxé·e d’idéaliste, de “mal-informé·e”, d’enfantin,… bref, vous n’êtes pas sérieux·se.

Il est vrai que deux principaux types de relations nous préoccupent avant tout : la prédation et la compétition. Qui ne visualise pas l’oiseau mangeant un ver de terre, le loup mangeant la brebis, les végétaux luttant pour l’accès à la lumière ? De la même façon nous pouvons tous témoigner de ces fois où nous avons subi la force d’autrui. Plus j’ai de force, mieux je vis.

Dans le domaine économique la loi du plus fort règne en maître sur le monde. Nul besoin de citer les multinationales qui étouffent le marché, les petites structures qui peinent à vivre, du besoin d’être plus riche pour avoir un pouvoir de décision plus important. Plus je suis riche, plus je suis fort. 

Pour nos enfants, combien de fois ai-je été témoin du désespoir de parents qui, bien que voulant au départ faire comprendre à leur enfant l’importance du respect d’une règle de vivre ensemble et de la non violence, ont fini par transmettre à leur enfant la loi du talion : oeil pour oeil, dent pour dent. Si tu veux survivre, sois le plus fort. Quelle fierté de savoir son enfant être le premier à lire de la classe, le plus rapide,… La loi du plus fort.

C’est d’ailleurs cette vision de la nature que nous inculquons à nos enfants : jusqu’il y a peu de temps encore nous étudions “la nature” sous l’angle des chaînes alimentaires au bout de laquelle le plus fort règne.

Très marquante aussi cette façon courante d’enseigner l’Histoire : une succession sans fin de guerres avec les noms de nos héros, les plus forts, à retenir. 

Notre façon de voir et vivre la nature et la nature humaine est très orientée par la loi du plus fort. Une loi qui dirigerait toute forme de vie sur terre. Difficile de contredire ces exemples. Mais la nature ne cacherait-elle pas une autre vérité?

 

2) Un modèle interprété

Il est surprenant de découvrir que les recherches sur l’entraide dans la nature ne sont pas nouvelles. Mais nous sommes culturellement empreints d’une vision très orientée de notre monde. Cela n’est pas sans conséquence.

Dans leur livre passionnant, L’entraide, l’autre loi de la jungle, Pablo Servigne et Gauthier Chapelle expliquent comment se sont diffusées des interprétations de “loi de la nature” justifiant compétition, sélection et violence. Très tôt dans notre histoire des penseurs ont diffusé l’idée que “L’Etat de nature, c’est aussi l’état de la guerre de tous contre tous” (Thomas Hobbes cité dans L’entraide, l’autre loi de la jungle, Pablo Servigne et Gauthier Chapelle ). 

Mais à y regarder de plus près nous découvrons que la nature n’est pas qu’une arène où les vivants s’affrontent pour la vie. Il est en effet bien rare de mettre en avant les relations bénéfiques dans la nature : “ Par exemple dans les récifs coralliens, le poisson-clown est connu pour entretenir des relations très étroites avec les anémones de mer : celles-ci le protègent des prédateurs grâce à leur venin, en échange de la nourriture qu’il leur apporte (lui même étant immunisé contre le venin)”(cité p 36 L’entraide, l’autre loi de la jungle, Pablo Servigne et Gauthier Chapelle). Bien d’autres exemples pourraient illustrer des relations dans lesquelles un des êtres concernés n’est pas forcément “perdant”. Les auteurs expliquent par exemple que dans des environnements hostiles, les relations d’entraide vont être très présentes (citons l’association des pins et sapins qui s’entraident lorsque les conditions de vie sont difficiles, en altitude, mais entrent en compétition en milieu plus clément – L’entraide, l’autre loi de la jungle, Pablo Servigne et Gauthier Chapelle). 

L’homme naturellement agressif, égoïste se serait extrait de cette violence collectivement grâce à l’Etat et nous aurions satisfait nos besoin grâce au marché? Ce dernier nous protègerait de notre égoïsme inné… N’est-ce pas ce qu’il est recommandé de penser? 

Or, il est ironique de penser que nous sommes avant tout le produit d’innombrables associations: pour respirer, former notre organisme multicellulaire, les micro-organismes qui nous habitent (environ 2 Kg de bactéries en symbiose dans notre organisme!), notre besoin vital des autres espèces animales et végétales pour assurer nos besoins primaires, les groupes humains auxquels nous appartenons et notre interdépendance pour les objets que nous produisons.  

Par ailleurs, nos ancètres les hommes préhistoriques ne sont pas les cruels sanguinaires s’entretuant que nous pourrions imaginer. Là aussi tout est question d’interprétation (L’anecdote relatée par Matthieu Ricard dans Plaidoyer pour l’altruisme à propos de la découverte des restes d’australopithèques est assez parlante: si le professeur Dart, au début du XXème siècle, interpréta les restes des crânes fracturés comme les preuves de meurtres il s’avéra par la suite que les australopithèques avaient probablement été attaqués… par des léopards). Il ne s’agit pas d’idéaliser l’espèce humaine mais d’y apporter des nuances et de se rapporter à des faits objectifs. Matthieu Ricard rappelle (données chiffrées à l’appui) que la violence ne cesse de diminuer depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Une réalité que nous peinons à intégrer tant nous sommes imprégné·e·s du flux d’informations nous montrant violences individuelles et collectives.

A cela ajoutons que différentes études montrent que nous avons en nous un altruisme spontané. Cette attitude est observable dès le plus jeune âge. Certaines conditions de notre environnement mais aussi faits de notre éducation font que nous sommes plus ou moins altruistes. Il ne s’agit pas ici de sacrifice, de relation inégales mais de considération de l’autre, de respect de sa condition et même de la possibilité d’aider. Nous avons intégré un principe qui fait que nos groupes fonctionnent : la réciprocité. Nous traitons les autres comme nous aimerions qu’ils le fassent. C’est ainsi que ce matin, en achetant mon pain, je n’ai rencontré que des individus qui attendaient leur tour. Aucune bataille de croissant à déclarer ! C’est tout de même de cette façon que les choses se passent la majorité du temps.

Peut-on en déduire certains principes d’éducation ? 

3) Une réponse face à notre monde

Maman, enseignante mais aussi citoyenne parmi les autres  je me sens pleinement concernée par le monde dans lequel nous vivons, nos enfants grandissent et dans lequel ils seront adultes. Parfaitement consciente de certains drames humains mais aussi du drame écologique en cours je me sens responsable du monde à construire pour nos enfants.

Je ne souhaite pas m’enfermer dans une croyance du “tout va bien”. Je souhaite m’appuyer sur des faits avérés et expériences positives qui rendent notre monde vivable. Et si possible dans la joie!

Le modèle du plus fort avec le toujours plus que nous aurions en nous a mené notre planète et l’ensemble des êtres vivants dans une situation des plus dramatique. Cette loi de la jungle n’est plus tenable. La loi de la nature que je souhaite faire vivre aux enfants qui m’entourent est celle de l’entraide. 

Pour cela nous devons nous sentir en lien avec l’ensemble des êtres vivants. Sentir notre interdépendance. Connaître les relations de prédation et compétiton me semble logique et indispensable pour comprendre l’équilibre écologique. Mais permettre aux jeunes de connaître aussi les relations d’entraide des êtres vivants est tout aussi vital. C’est en ce sens que l’engouement actuel pour le sujet des arbres et leur langage me rend optimiste. Nous sentir connectés aux autres pourrait nous permettre d’en prendre soin.

Et le marché ? Justement nos choix individuels sont une force incroyable. Nous savons tous que une partie de notre pouvoir est celui de notre porte-monnaie. Peut-être pouvons nous contrebalancer cette loi du plus fort lorsque nous en avons le choix dans nos achats. Des études (La gouvernance des biens communs, Elionor Ostrom citée dansL’entraide, l’autre loi de la jungle, Pablo Servigne et Gauthier Chapelle) ont ainsi montré que lorsque les conditions de confiance, sécurité et égalité sont assurées dans un groupe, celui-ci peut gérer des biens communs notamment ses propres ressources avec ses propres règles. 

Ne tombons pas dans le piège d’une vision béate de l’entraide : nous pouvons aussi nous entraider pour des motifs sombres. Un ennemi commun peut d’ailleurs être un moteur puissant d’entraide. Non, n’allons pas enseigner que nous sommes naturellement “bons”. Les enfants auront d’ailleurs très vite un exemple concret à vous opposer , comme ce qui a pu se passer la dernière fois en cours de récré… Mais donnons leur l’envie de grandir dans ce monde. Comme le dit John Young, mentor à The 8 schields: “We need to give Fresh Water for our kids!”. Donnons leur l’envie de découvrir les secrets de la nature dont nous dépendons. Appuyons nous sur le biomimétisme pour leur laisser découvrir l’ingéniosité de Mère Nature et pour comprendre que bien des inventions nous viennent de sources naturelles. Nous avons en nous des comportements naturels d’entraide. Un comportement à la fois inné et acquis. Plus nous avons connu et avons été confrontés à des comportements d’entraide plus nous nous comporterons ainsi (Etude relatée dans L’entraide, l’autre loi de la jungle, Pablo Servigne et Gauthier Chapelle). A nous d’en faire autant pour nos enfants. Des jeux compétitifs sont largement répandus mais les jeux coopératifs apporteront une joie partagée qu’il est important faire vivre au groupe. Une nouvelle règle de vie 😉

Pour conclure

Les lionnes mangent les gazelles mais s’entraident pour aller chasser. Et si le monde n’était pas aussi manichéen que ce que la loi du plus fort nous laisserait entendre ?

Dans notre imaginaire collectif il est désormais difficile d’admettre que la nature n’est pas que compétition et prédation. Difficile aussi de réaliser que depuis le début de son histoire, l’homme a vécu 98% de son temps en paix (Matthieu Ricard, Plaidoyer pour l’altruisme, p.550). Non la nature n’est pas seulement idyllique. Non, l’homme n’est pas seulement un être altruiste.

Mais permettons nous de changer ce qui nous a mené au bord de l’effondrement. Nous sommes arrivés à un moment de notre histoire où nous n’avons plus d’autre choix que celui de changer de paradigme. Exit la loi du plus fort qui nous mène à notre perte. Osons partager une vision de la nature où l’entraide y a sa place. Osons la communiquer à nos enfants. Seront-ils plus vulnérables ? Pas si sûr…  Parce que le monde n’est pas tout rose, permettons leur de s’entraider dans des conditions de vie parfois difficiles. Ils portent déjà cela en eux. Quant à la sute de l’histoire, c’est à vous de l’écrire 🙂

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