Articles Bienfaits à l'école Ecole

Ils vont à l’école dans la nature. Qu’apprennent-t-ils?

Pendant que leurs camarades récitent l'alphabet bien au chaud dans leurs salles de classes, eux construisent des cabanes, observent une chenille ou font de la musique avec des bouts de bois... Leurs enseignantes ont fait le choix chaque semaine de faire classe... dans la nature!

Que font-ils? Qu'apprennent-ils? Qu'est-ce que ça leur apporte en plus, à ces enfants, d'être à l'école dans la nature?

Pour répondre à ces questions, je vous invite à découvrir deux écoles qui pratiquent l'éducation par la nature, l'une en Belgique, l'autre en France.

Vous pouvez écouter le podcast directement sur le blog en cliquant sur le bouton Lecture.  Pour enregistrer le podcast sur votre ordinateur et l'écouter en faisant la vaisselle par exemple, en faisant un clic droit ici, puis Enregistrer le lien sous. 

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"Dans tous les cas, les situations inscrites dans un vécu commun sont préférables aux exercices formels proposés sous forme de fiches." Programmes de l'école maternelle, 2015

La première école est l'Ecole Libre de Saint-Vaast, en Belgique. Les enseignantes,  Anne Dubray et Marie-Laurence Jadot, font classe trois matinées par semaine dans les bois à leurs 25 élèves de maternelle.

La seconde école est en France, dans le Poitou-Charentes. La maîtresse, Crystelle Ferjou, emmène ses élèves âgés de 2 à 5 ans une matinée par semaine dans un vaste jardin à proximité de l'école.

Transformons-nous en petite souris pour voir d'un peu plus près ce qu'il s'y passe, dans cette école des bois et cette école du jardin...

Une matinée à l'école de la nature

9h: A l'école des bois comme à l'école du jardins, les enfants se préparent puis se mettent en route pour leur coin de nature.

9h30: Le matériel est installé, les enfants se regroupent alors en cercle pour un rituel matinal. A l'école du jardin, les petits s'assoient sur une toile imperméable, à l'école des bois c'est dans un canapé forestier qu'ils s'installent.

10h: Tout le monde est en activité. Transporter des cailloux, scier des bâtons, observer une limace, escalader le talus... En général, les enfants choisissent librement leur activité, au gré de leurs envies, de leur imagination et de leurs découvertes, mais aussi pour faire comme les copains, avec eux. L'adulte est là pour veiller à la sécurité, pour accompagner, rassurer, impulser quand cela est nécessaire, mais jamais pour imposer.

11h15: Rituel de fin de matinée: les enfants se rassemblent de nouveau. C'est le moment où chacun explique aux autres quel a été son moment préféré. On chante, on range le matériel, puis la troupe reprend le chemin du retour.

12h: Retour à l'école, après 3 heures passées au grand air, dans les bois ou dans le jardin. La tête, la main et le cœur sont rassasiés... c'est au tour du ventre, maintenant!

Concrètement, qu'apprennent-ils?

Par où commencer?...

Tiens, prenons les programmes scolaires. On y trouve 5 domaines d'apprentissages. Sont-ils tous travaillés, quand on est en forêt ou au jardin?

Langage

Langage oral: parler pour dire ce que l'on veut faire ou pour raconter ce que l'on a fait, précisément, pour se faire comprendre, désigner précisément un objet ou un élément naturel, écouter quand on veut en savoir plus, réfléchir avec les autres, construire une action à plusieurs, en interaction, donner son avis...

Langage écrit: écouter l'histoire que la maîtresse lit, feuilleter des albums illustrés allongés sur la toile, demander à un adulte de chercher une information dans un guide naturaliste, laisser des traces avec un outil, tracer des signes ou des lettres avec un bâton...

Sans parler des activités faites en classe, en amont ou en aval: discussions, compte rendu, liste, imagier, dessins légendés, etc.

Oui, c'est bon, le langage est central dans ces matinées nature!

Activités physiques

Fournir un effort (tirer le caddy avec le bidon d'eau, par exemple), adapter ses équilibres (en marchant sur un tronc d'arbre), s'adapter aux contraintes du terrain, franchir un obstacle, prendre conscience des risques potentiels, courir, sauter, grimper, glisser, tirer, pousser, coopérer (pour porter une branche par exemple), mais aussi faire une ronde pour se rassembler, pour chanter...

Agir à sa mesure, prendre confiance en soi, dépasser ses craintes...

Inutile de dresser une liste exhaustive, cela tombe sous le sens. Un milieu naturel est par excellence un lieu dans lequel l'enfant va affiner ses capacités motrices et prendre de l'assurance pour évoluer dans l'espace, avec tout son corps en mouvement.

Activités artistiques

Explorer différents matériaux pour laisser des traces, manipuler et tester la matière, la modeler, assembler des éléments pour créer un personnage, un abri miniature, une invention, prendre des photos...

Faire sonner les matériaux, imiter des bruits de la nature, siffler avec une tige creuse, écouter le chant des oiseaux, le silence...

Éveiller ses 5 sens, apprendre des comptines, des poésies, admirer, rêver...

Structurer sa pensée

Observer et comparer les formes (formes des feuilles, des tiges, des cailloux).

Collecter, trier, organiser des collections.

S'entrainer à compter.

Comparer des longueurs, des masses, transvaser.

Se construire ses repères, son propre répertoire qui servira de base à tous les apprentissages formels.

A ce propos, on lit la phrase suivante dans un des premiers chapitres des nouveaux programmes: "Dans tous les cas, les situations inscrites dans un vécu commun sont préférables aux exercices formels proposés sous forme de fiches."

Explorer le monde

Construire des repères temporels (temps passé entre chaque sortie, régularité, jour de la semaine, durée du trajet...), utiliser des repères chronologiques (ce matin, au début, avant, après), sentir les effets des saisons, de la météo.

Faire l'expérience de l'espace, découvrir de nouveaux milieux à proximité de l'école, mémoriser un trajet.

Se questionner sur le paysage, sur les indices de présence animale, sur les phénomènes naturels directement observés. Rencontrer et connaître des êtres vivants, observer leurs caractéristiques, apprendre à les nommer, développer une attitude responsable à leur égard...

Transporter, scier, clouer, nouer, couper...

Connaître les risques et agir en conséquence...

Nous voilà rassurés: plusieurs fois dans la semaine, la nature peut parfaitement remplacer la salle de classe pour les apprentissages scolaires des enfants. Dans la suite de cet article, je vous propose d'aller encore plus loin et de découvrir que cela apporte en réalité bien plus que cela aux enfants.

Des classes maternelles ouvertes sur la nature... Quels atouts?

Pour l'heure, je vous invite à prendre la parole: en temps que parent, de quel œil voyez-vous cette façon de faire classe en plein air? Cela vous inquiète? Cela vous attire? La rubrique des commentaires vous est ouverte! 

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18 Comments

  1. Emilie,
    C’est la première fois que je commente votre site, j’en profite au dela de cet article pour vous dire qu’il est formidable. Quand je lis vos articles, je me sens comblée, en lien et pleine d’énergie 🙂
    Ce type d’école me fait tout simplement rêver et j’aimerais que plus de personnes comprennent qu’on n’a pas besoin de rester assis à faire des exercices pour apprendre quelque chose. C’est un long chemin.
    Merci encore pour vos partages – C’est juste FOR-MI-DA-BLE!

    1. 🙂
      Merci Sab!
      Oui, c’est un long chemin, en effet. Traditionnellement, dans nos sociétés, c’est plutôt « sur les bancs » (de l’école) qu’on apprend. Mais un peu partout, il y a des pionniers… A découvrir, à faire connaître et puis à suivre!

  2. C’est indispensable et cela devrait être banal ,pas uniquement en école mais aussi en famille .
    Nous l’avons beaucoup vécu par le biais de l’IEF (Instruction en famille) dès lors que j’ai quitté l’éducation nationale trop rigide , pour moi et notre fille qui a aujourd’hui 16 ans ! 🙂
    Mais cela reste bien trop rare…

    1. Merci pour votre témoignage.
      Entièrement d’accord avec vous…

      Votre blog est une belle découverte, un partage original à 4 mains!
      Je vous souhaite une excellente continuation!
      Emilie

  3. Bonjour,
    Je ne crois pas qu’il n’y ait qu’une seule école en France qui fasse cette démarche: à Vébron, en Lozère, nous avons également un projet d’école à ciel ouvert, et travaillons en pédagogie Freinet et Montessori.
    Je confirme que les apprentissages réalisés dans la nature sont d’une grande richesse à la fois pour les élèves de maternelles et d’élémentaires.
    Merci pour ces documents fort intéressants.

    1. Merci pour votre témoignage! Il contribue à me rendre optimiste… Il n’en faudrait pas beaucoup pour que de tels projets fleurissent, un peu partout dans nos écoles! 😉

      1. Bonjour, pour moi en Seine-Maritime, dans ma classe de maternelle c’est aussi Montessori et Freinet, potager, verger (pommiers et poiriers palissés) et jardinières fleuries partout. Sorties dans notre petite ville à la découverte des cours d’eau , et travail avec les jardins ouvriers que nous suivons au fil des saisons en menant des activités avec les jardiniers.
        Et je sais que beaucoup de mes collègues rêvent d’une telle pédagogie mais qu’elles se mettent des barrières, souvent la peur de ce que pourrait dire la hiérarchie, de ne pas « entrer dans les programmes ».

        Toutefois, grâce aux nouveaux programmes, nous sommes encouragés en ce sens. C’est une grande avancée et beaucoup d’optimisme pour les enfants et … les enseignants car c’est un bonheur de travailler ainsi..

        1. Puissent vos pratiques essaimer ça et là!
          Mais effectivement, je crois que nous nous mettons souvent nos propres barrières. Des peurs freinent également l’enthousiasme de certains parents. A nous de jouer pour dialoguer avec eux et savoir les rassurer…

  4. Bonjour,
    Je découvre tout juste votre site et j’adore le message que vous faites passer !
    Je suis enseignante (pas encore maman) et je suis convaincue que la nature est une véritable source d’apprentissage.
    Pour ma part, j’emmenais mes élèves de maternelle en promenade toutes les semaines, ou tous les 15 jours. Même en ville, on trouve des coins de nature !

    Merci pour vos articles !

    1. Merci, Cécile, pour votre message. J’ai à mon tour découvert votre blog… nos parcours sont vraiment jumeaux! Enfin jusqu’à aujourd’hui…
      Je vous souhaite une très belle continuation!

  5. Quand j’en parle autour de moi, les personnes qui se montrent les plus ont quand même souvent des doutes par rapport à l’âge. Elles pensent les jeunes enfants trop fragiles je crois. Peut être as-tu ce genre de retour également. En tout cas, je trouve très intéressant qu’un de tes exemples soit une école maternelle !

  6. Alors c’est qu’il y a besoin de communiquer autour de cette question. Les plus jeunes ont particulièrement besoin de nature, et cela ne va pas être bien difficile à démontrer. Reste à accompagner avec soin un changement de nos habitudes…

  7. Ca me fait rêver… j’ai entendu parler de ce type d’école pour la première fois dans le bouquin « manifeste pour une enfance heureuse »… je trouve cela génial. Le grand air, la découverte, mais aussi la confiance que l’on place en eux: couper du bois, allumer du feu, etc… un tout petit est capable de grande chose!!! J’habite à hannut: ici des champs pulvérisés à perte de vue, et aucune école alternative proche en vue… mais bon, reste l’éducation des parents… et les vacances! on se console comme on peu! Bonne continuation!

    1. On se console comme on peut, en effet…
      Mais c’est souvent de nos petites actions quotidiennes que naissent les changements!
      😉
      Bonne continuation à vous!

      Emilie

  8. Magnifique alternative à l’école traditionnelle où les enfants sont enfermés toute la journée sur une chaise. Et le contact avec la nature est tellement important, surtout aujourd’hui !
    En fait, cette approche éducative se rapproche beaucoup des apprentissages autonomes et informels, ou comment l’enfant apprend tout seul, sans l’école ou enseignant. Il est urgent de changer complètement de paradigme de l’éducation !

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